Avant 2021, un bachelier français payait à Bristol ou à Édimbourg à peu près ce que paie un étudiant anglais. Depuis le Brexit, il paie le tarif international, entre 25 000 et 48 000 livres par an selon l'université et la matière. L'admission, elle, n'a presque pas changé : avec 15 ou 16 de moyenne et les bonnes spécialités, beaucoup de très bonnes universités britanniques sont accessibles. La décision a donc glissé. On se demandait si l'élève serait pris ; la question devient si ce diplôme, pour cet élève-là, vaut le prix d'une maison en province.
Les procédures ont leurs propres pages sur ce site, et je n'y reviens pas. Ici, je compare : le statut de frais, le budget réel d'une licence entière, les universités moins citées que Londres et Oxbridge, et le moment où je conseille le Royaume-Uni plutôt qu'une prépa ou les États-Unis.
Le statut de frais se règle avant la liste d'universités
C'est la première chose que je vérifie, parce qu'elle fait varier la facture du simple au quadruple. Un citoyen européen paie le tarif britannique, dit « home », seulement s'il a obtenu le settled status ou le pre-settled status du dispositif EU Settlement Scheme, et s'il a, en règle générale, résidé les trois années précédant le début de la formation au Royaume-Uni, dans l'Espace économique européen ou en Suisse. Le gouvernement britannique rappelle que la date limite de ce dispositif était, pour la plupart des gens, le 30 juin 2021, avec des demandes tardives possibles seulement pour des « motifs raisonnables ».
Pour une famille française, cela dessine trois cas. Celle qui vivait à Londres avant fin 2020 et a fait les démarches : son enfant a de bonnes chances d'être « home ». Celle qui vit en France : tarif international, sans discussion. La troisième surprend le plus. Une famille expatriée à Londres après 2021, avec un visa de travail, n'a pas de statut européen à faire valoir ; son enfant, scolarisé au Lycée Charles de Gaulle depuis trois ans, paiera en général le tarif international. Une pétition déposée sur le site du Parlement britannique réclame d'ailleurs le tarif « home » pour ces enfants arrivés comme personnes à charge, signe que le cas est fréquent.
Les citoyens irlandais sont traités comme les Britanniques. Un élève franco-irlandais doit donc le dire dès le formulaire UCAS. Et c'est l'université, pas UCAS, qui décide : Cambridge, par exemple, envoie un questionnaire qui demande où les parents ont vécu pendant les trois années précédentes. Un dossier mal rempli se rattrape par une demande de réexamen, mais il vaut mieux répondre juste du premier coup.
Ce que coûte une licence entière, et pas une année
Les familles comparent des frais annuels. Je préfère comparer des diplômes, parce que la durée et l'indexation changent l'ordre du classement. Les frais ci-dessous sont les tarifs internationaux publiés par chaque université. Pour la vie, j'ai pris le minimum que le Home Office exige sur le compte bancaire pour délivrer le visa : 1 529 livres par mois à Londres, 1 171 ailleurs, sur neuf mois. C'est un plancher légal, pas un budget de confort.
Deux lectures, que je fais avec chaque famille. La première : St Andrews, petite ville écossaise au bord de la mer du Nord, coûte sur l'ensemble du diplôme plus cher que la LSE au centre de Londres. Une licence écossaise dure quatre ans, et St Andrews écrit que ses frais augmentent chaque année, en général de 3 à 5 %. La LSE, elle, garantit un tarif fixe pour toute la durée du programme, comme Édimbourg, qui facture aux étudiants internationaux un montant annuel figé selon l'année d'entrée. Warwick prévient dans ses conditions générales que ses frais internationaux devraient augmenter de 4 à 6 % par an. Sur trois ou quatre ans, cette ligne de règlement pèse plusieurs milliers de livres.
La seconde : hors de Londres, la différence se fait moins sur les frais que sur la vie. À Durham, le college St John's facture 10 430,80 livres pour une chambre standard en pension complète sur 39 semaines en 2026-2027. Le plancher du visa hors Londres, 10 539 livres, est donc presque entièrement absorbé par le logement et les repas. À cela s'ajoutent le visa étudiant, 558 livres, et la surtaxe santé, 776 livres par année de visa, soit au moins 2 886 livres pour une licence de trois ans.
Il n'existe à peu près aucune aide financière sur besoin pour un étudiant international en licence britannique, quelques bourses au mérite mises à part. C'est la grande différence avec les universités américaines les plus riches, qui financent le besoin des familles admises, y compris étrangères. Une famille qui hésite pour des raisons budgétaires a parfois intérêt à regarder les deux.
Au-delà d'Oxford, de Cambridge et de Londres
Les élèves de lycée français connaissent quatre ou cinq noms britanniques. Pour Oxford et Cambridge, j'ai tout détaillé dans Oxford et Cambridge avec le bac français ; pour les sciences à Londres, Imperial College a ses exigences propres, et la comparaison des sciences sociales est dans LSE et UCL. Hors de ces cinq-là, plusieurs universités publient une grille pour le bac, et elles ne disent pas la même chose.
| Université | Bac général | BFI | Matière exigée | Ce que je retiens |
|---|---|---|---|---|
| Édimbourg | 16 pour A*AA, 15 pour AAA | Un point de moins | 17 pour un A*, 15 pour un A, en spécialité de première et de terminale | Further Mathematics exige maths expertes ; maths complémentaires refusées |
| St Andrews | 16 | 15 | 17 dans les matières exigées, suivies en spécialité les deux années | La note de matière compte plus que la moyenne |
| Bristol | 15 pour AAA | 14 (OIB) | De 13 à 17 selon la formation, en spécialité de terminale | Le bac technologique n'est pas accepté |
| Warwick | 17 pour A*A*A, 16 pour A*AA, 15 pour AAA | Non précisé | 17 pour un A*, 18 en spécialité maths pour ses deux licences de maths | La barre la plus haute en maths |
Je n'ai pas trouvé de grille publiée par Durham pour le bac : les exigences se lisent formation par formation sur ses pages et sur UCAS, et l'université renvoie les cas non listés à son équipe de recrutement européen. Je conseille de lui écrire avant l'envoi plutôt que de supposer une équivalence.
Le détail qui coûte le plus d'offres se trouve dans la colonne des matières. St Andrews et Édimbourg veulent la matière exigée en spécialité en première et en terminale ; Bristol se contente de la terminale. Un élève qui a abandonné les SES en fin de première ne peut donc pas les faire valoir à St Andrews pour une licence d'économie, même avec un 18. Et l'option maths complémentaires, que choisissent beaucoup d'élèves qui lâchent la spécialité, ne remplace jamais une exigence de mathématiques à Édimbourg. Ces choix se font en fin de seconde et en fin de première, à un âge où l'on pense rarement à l'Écosse.
Une remarque sur le BFI. Édimbourg, St Andrews, Oxford et Imperial accordent un point d'écart aux élèves de section internationale, Cambridge aucun. Pour un élève qui hésite à entrer en section internationale en seconde, c'est un argument concret, à condition que la section soit britannique : c'est elle qui dispense souvent du test d'anglais, comme l'indique UCAS.
Le calendrier d'ensemble, de la première à la rentrée
Une candidature britannique depuis un lycée français se lit sur dix-huit mois. Les étapes se répètent d'une année sur l'autre ; ce qui change, ce sont les dates exactes.
L'étape 1 est celle qu'on rate. Les universités jugent sur des notes prévisionnelles que le lycée doit inscrire, et beaucoup de lycées français n'en ont pas l'habitude ; je l'explique dans UCAS avec le bac français. Le professeur référent se choisit donc en première, pas en septembre de terminale. Pour l'étape 2, le texte de candidature a ses codes, très loin de la lettre de motivation française, détaillés dans le personal statement UCAS.
L'étape 3 concentre les tests d'admission, qui décident souvent plus que les notes. Le tableau des épreuves par filière est dans les tests d'admission d'Oxford et de Cambridge. Pour un futur matheux, informaticien ou économiste, le TMUA est le test qui sert le plus de portes à la fois ; pour l'ingénierie et les sciences, c'est l'ESAT, dont les modules ne se changent pas une fois réservés. Le droit et la médecine ont leurs propres tests, et la médecine un plafond de places pour les étrangers que je décris dans LNAT et UCAT. En maths à Cambridge, l'offre se joue encore en juin sur le STEP, en pleine période de bac.
Exemple : la campagne pour la rentrée 2027.
Tests TMUA et ESAT du 12 au 16 octobre 2026. Dossier UCAS avant le 15 octobre 2026 à 18 h, heure de Londres, pour Oxford, Cambridge et la médecine ; avant le 13 janvier 2027 pour la plupart des autres formations. Le calendrier Parcoursup 2027 est publié en fin d'année 2026 ; en 2026, les vœux se formulaient jusqu'au 12 mars et les réponses ont commencé le 2 juin. Sur UCAS, pour l'entrée 2026, un candidat dont la dernière réponse arrivait avant le 13 mai devait choisir ses deux offres avant le 3 juin. Le Graduate visa, qui permet de rester travailler après le diplôme, passe de deux ans à dix-huit mois pour les demandes déposées à partir du 1er janvier 2027.
Le chevauchement de juin est le piège le plus coûteux. Une offre britannique est presque toujours conditionnelle à la note du bac, connue début juillet. Les réponses Parcoursup, elles, tombent dès juin. Ma règle est simple : un élève qui tient une offre conditionnelle garde aussi une proposition Parcoursup jusqu'aux résultats du bac. Renoncer à sa place française en juin pour « simplifier », c'est parier une année entière sur une moyenne pas encore écrite.
Royaume-Uni, prépa ou États-Unis : comment je tranche
La licence britannique est courte, trois ans en Angleterre, et spécialisée dès le premier jour. Un étudiant en économie à Warwick fait de l'économie, des maths et des statistiques, et rien d'autre. C'est sa force et sa limite. Je la conseille sans hésiter à l'élève qui sait ce qu'il veut étudier, qui a déjà 16 ou 17 dans les matières concernées, et qui gagnera plus à approfondir sa matière qu'à garder toutes les portes ouvertes.
Je la déconseille à deux profils. L'élève fort en maths qui ne sait pas encore s'il veut l'ingénierie, la finance ou la recherche, d'abord : une MPSI ou une ECG lui laisse deux ans pour choisir, pour un coût sans commune mesure. L'élève au profil large, ensuite, qui a des activités, une curiosité dispersée et des notes bonnes sans être éclatantes : les universités américaines lisent ce dossier-là mieux que les britanniques, qui ne regardent presque que la matière. Je compare ces deux systèmes dans Étudier aux États-Unis après le bac.
Le critère qui fait basculer, dans la plupart des familles que nous suivons, c'est la certitude sur la matière. Le budget vient juste après. Une famille qui peut financer 110 000 livres mais pas 180 000 n'a pas la même liste qu'une autre, et c'est une question à poser avant le choix des universités, pas au moment de l'offre.
Ce que rapportent les étudiants
Sur The Student Room, quand un lycéen français pèse une licence de Warwick contre Sciences Po, les réponses parlent moins des frais que du reste : le logement, les transports, le coût d'une vie étudiante britannique, plus élevé qu'on ne l'imagine depuis Paris. Les fils consacrés à St Andrews disent la même chose à leur façon. La ville est petite, les logements y sont plus chers que dans d'autres villes universitaires, alors que les courses coûtent ce qu'elles coûtent ailleurs. Un parent y raconte que son fils a trouvé une colocation à environ 150 livres par semaine chacun, charges en sus, et que les résidences vont d'à peu près 5 000 livres par an en chambre simple sans repas à 9 500 en pension complète avec salle de bains. L'université, de son côté, impose de vivre à distance raisonnable de St Andrews pendant toute la durée des études : on ne s'installe pas à Édimbourg pour payer moins.
Une dernière chose, plus administrative. Le visa étudiant se demande au plus tôt six mois avant la rentrée, et seulement après l'offre définitive et le document de l'université qui l'accompagne. Les familles qui attendent la fin juillet pour s'en occuper découvrent qu'il faut aussi justifier les fonds sur un compte pendant 28 jours consécutifs. Mieux vaut ouvrir ce dossier dès le printemps.
Construire la candidature
Un projet britannique se décide avant même la terminale : statut de frais, budget sur la durée du diplôme, spécialités compatibles avec les grilles, choix du professeur référent, tests, et une stratégie Parcoursup qui tient jusqu'au bac. Chez Carmine, nous construisons cette liste avec l'élève et sa famille, nous préparons les tests et le personal statement avec lui, et nous l'accompagnons jusqu'au choix entre les offres. La page L'accompagnement admissions décrit notre façon de travailler.