Faut-il encore faire une prépa à l'heure de l'IA ? Ce qu'elle construit, et pour quel élève

La façade du lycée Chaptal à Paris
Le lycée Chaptal, dans le 8e arrondissement, qui abrite des classes préparatoires scientifiques et commerciales. Photo Lemaitredesmots, Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0.

Un élève de terminale qui hésite devant Parcoursup entend deux discours. Le premier dit que deux ans à résoudre des intégrales à la main, quand une machine les résout en une seconde, c'est du temps perdu. Le second dit que la prépa reste la voie royale. Les parents me posent la question sous une forme plus simple : est-ce que ça vaut encore le coup ?

Je suis professeur de mathématiques et je prépare des lycéens à entrer en prépa. À mon sens, la prépa garde sa valeur pour un profil précis, et ce profil est un peu plus étroit qu'il y a dix ans.

Les familles n'ont pas déserté

D'après la note du ministère de l'Enseignement supérieur publiée en février 2026, les classes préparatoires comptaient 87 100 étudiants à la rentrée 2025, un effectif stable après une forte hausse l'année précédente. Le détail est plus nuancé : les inscrits en première année reculent de 2,8 %, alors que la filière scientifique progresse de 1,5 % et que les filières économique et littéraire baissent.

Évolution des effectifs de CPGE, rentrée 2025
Deuxième année+3,2 %
Filière scientifique+1,5 %
Filière économique−1,2 %
Première année−2,8 %
Filière littéraire−3,4 %
Variation sur un an, en valeur absolue (longueur des barres). Source : Note flash du SIES n° 2026-02, février 2026.

Je ne sais pas si l'IA explique la baisse en première année. La note ne le dit pas, et un recul d'une année sur l'autre peut tenir à beaucoup de choses. Ce qu'on peut lire sans forcer, c'est que les familles continuent de choisir la prépa scientifique.

Ce que deux ans de prépa fabriquent

On réduit souvent la prépa à un programme. C'est surtout un régime. Des devoirs surveillés de quatre heures sur table, sans téléphone ni ordinateur. Des khôlles chaque semaine : un élève au tableau, face à un professeur, sur un exercice qu'il découvre. Des concours écrits passés de la même façon, puis des oraux. Rien de cela ne se délègue à un outil, et c'est ce qui donne au diplôme d'école qui suit sa valeur de signal : l'élève a raisonné seul, longtemps, sous contrainte.

Le contenu compte aussi. L'algèbre linéaire, les probabilités, l'optimisation, l'informatique en Python : c'est la matière première de l'apprentissage automatique. Un élève de MP ou de MPI qui sort de deuxième année a les outils pour comprendre comment un modèle d'IA est construit, pas seulement pour s'en servir. En prépa commerciale, l'IA est même devenue un sujet de travail : les sites de préparation aux concours ECG publient des fiches sur sa régulation ou sur ses effets en entreprise, pour les épreuves de langues et de management.

Et puis il y a la porte. Les concours ouvrent les écoles d'ingénieurs les plus demandées et les grandes écoles de commerce. Pour un élève qui vise Polytechnique, les Mines, Centrale, HEC ou l'ESSEC dans leur cursus principal, la prépa reste le chemin le plus large.

Ce que disent les écoles au bout du chemin

Les écoles qui recrutent par concours n'ont pas abandonné les mathématiques au profit de l'IA. Elles ont ajouté l'IA par-dessus. L'École polytechnique a annoncé en mai 2026 un cours d'intelligence artificielle obligatoire pour tous ses élèves de deuxième année du cycle ingénieur, à partir de septembre 2026, qui mobilise ses dix départements, de la biologie à l'économie. Le co-responsable du cours explique que se servir rigoureusement de ces systèmes exige un haut niveau de maîtrise technique. HEC Paris et l'Institut polytechnique de Paris avaient lancé dès 2020 un centre commun consacré à l'IA et à la science des données, Hi! PARIS, avec l'objectif de tripler en cinq ans le nombre d'étudiants formés dans ces domaines.

Ces écoles veulent des étudiants capables de juger ce que produit une machine, et elles comptent sur la prépa pour leur livrer la base mathématique qui le permet.

Un détail que les familles rapportent parfois de travers : le 1er avril 2025, un site d'étudiants de prépa commerciale a annoncé que les sujets des concours seraient rédigés par ChatGPT dès 2026. C'était un poisson d'avril, signé comme tel en bas de l'article. Les épreuves restent écrites par des jurys et passées sur table.

Les autres routes

VoieCe qu'elle offreCe qu'elle demande
Prépa, puis écoleLes concours des grandes écoles d'ingénieurs et de commerce, un niveau de maths très solideDeux ans, parfois trois, à un rythme que tous ne tiennent pas
Bachelor d'une grande écoleUn cursus en anglais, international, dès le bacUn dossier sélectif, des frais souvent élevés, et le cursus n'est pas le diplôme d'ingénieur ou le programme grande école
CPESUne formation pluridisciplinaire en trois ans, adossée à un lycée et à une universitéUn dossier excellent, et un projet moins tourné vers les concours
Université à l'étrangerEPFL, ETH Zurich, universités britanniques ou américaines, avec un accès souvent direct dès le bacDes calendriers et des épreuves propres à chaque pays, parfois des frais très élevés

Je compare les bachelors dans les bachelors de HEC, Bocconi, ESSEC et CentraleSupélec, et la CPES dans l'admission en CPES. Pour un élève tenté à la fois par la prépa et par la Suisse, l'EPFL après une prépa montre qu'on peut aussi enchaîner les deux.

Pour quel élève je la conseille encore

Mon avis, profil par profil

Je conseille la prépa

  • À l'élève qui aime les maths pour elles-mêmes et supporte d'être en difficulté pendant des semaines sur un sujet.
  • À celui qui vise une grande école d'ingénieurs ou de commerce dans son cursus principal.
  • À celui qui hésite encore sur son métier : la prépa retarde le choix sans fermer de porte.

Je la déconseille

  • À l'élève qui y va par défaut, parce que ses notes le permettent.
  • À celui qui a un projet clair à l'étranger, en anglais, et devrait y consacrer sa terminale.
  • À celui qui a besoin de voir tout de suite à quoi sert ce qu'il apprend : un bachelor ou une école post-bac lui conviendra mieux.
Ce tableau ne dit rien du niveau : pour savoir quelle prépa est accessible avec quelles notes, voir l'article sur les moyennes des admis.

La question du niveau est traitée à part, chiffres Parcoursup à l'appui, dans quelle prépa avec quelle moyenne. L'IA, elle, ne change pas le premier critère : un élève qui n'aime pas chercher seul un problème difficile vivra mal ces deux ans, avec ou sans machine à côté.

Ce choix se prépare dès la première, avec les spécialités, puis l'option maths expertes en terminale. C'est ce que je regarde avec les familles dans un bilan d'orientation : son niveau réel en maths, et les voies qui lui conviennent. Pour construire tout le parcours jusqu'aux candidatures, écrivez-nous.

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