Une grande école vaut-elle encore le coup à l'ère de l'IA ? Oui, et le réseau comptera plus que jamais

L'École d'Athènes, fresque de Raphaël
L'École d'Athènes, Raphaël, vers 1510, palais du Vatican. Une école, c'est d'abord les gens qu'on y rencontre. Domaine public, Wikimedia Commons.

« Si l'IA sait déjà tout ce qu'on apprend en école, pourquoi se battre pour en intégrer une bonne ? » La question vient souvent de parents qui ont fait de belles études, et qui voient une machine rédiger en dix secondes la note qu'ils mettaient une soirée à écrire à vingt-cinq ans.

Ma réponse est oui, une bonne école vaut encore le coup. Pas tout à fait pour les raisons d'hier, et c'est ce qui doit guider le choix.

Ce que l'IA rend moins rare

Un diplôme a longtemps certifié deux choses : qu'on savait un certain nombre de choses, et qu'on savait produire un certain type de travail, une analyse, un modèle financier, une note de synthèse. L'IA fait baisser la valeur de ces deux signaux. Le savoir est à la portée de tous, et un premier jet de bonne qualité aussi.

Les postes de débutants en ressentent déjà l'effet. Une étude de l'université Stanford, publiée en novembre 2025 à partir de données de paie américaines, observe une baisse relative de 16 % de l'emploi des 22-25 ans dans les métiers les plus exposés à l'IA, alors que celui des salariés expérimentés reste stable. Les tâches qui servaient d'apprentissage aux jeunes diplômés sont justement celles que l'IA fait le mieux.

Il serait faux d'en conclure que les études ne servent plus. Ce qui distingue un candidat se déplace, voilà tout.

Ce qu'une bonne école donne, et que l'IA ne donne pas

Un niveau d'exigence. On progresse au niveau de la salle où l'on se trouve. Trois à cinq ans entouré d'étudiants sélectionnés comme soi, avec des professeurs qui attendent beaucoup, installent une norme qu'aucun outil ne fournit. L'IA peut corriger une copie ; elle ne donne pas envie de faire mieux que son voisin.

Un jugement exercé. Plus les machines produisent vite, plus la valeur se concentre chez celui qui sait dire si le résultat est juste, ce qui manque et ce qu'on en fait. Ce jugement se forme sur des cas difficiles, en se faisant contredire, en présentant son travail devant des gens exigeants. C'est le quotidien d'une bonne école.

Une sélection. Une admission difficile reste une information, parce qu'elle résume des années de travail régulier et que personne ne la passe à la place de l'élève.

Demain, le réseau comptera plus qu'hier

C'est le point le plus sous-estimé, et celui qui me rend optimiste pour les élèves qui visent haut.

Quand tout le monde peut produire un dossier soigné, une lettre bien tournée, un projet présentable, ces documents cessent de départager. Un recruteur, un investisseur ou un client qui reçoit cent candidatures impeccables cherche autre chose : quelqu'un qui connaît le candidat et répond de lui. La confiance devient la ressource rare, et elle passe par des personnes.

Le réseau d'une grande école n'est pas un annuaire d'anciens. Ce sont des camarades de promotion qui créeront des entreprises, dirigeront des équipes, investiront, recruteront, et qui se souviendront de celui qui tenait ses engagements sur le projet commun. Ce sont des professeurs qui écrivent une recommandation, des anciens qui prennent un stagiaire parce qu'il sort de la même maison. Moins il y aura de postes de débutants ouverts à tous, plus les premières portes s'ouvriront par ces liens.

Aucun outil ne fabrique ce capital. Il se construit à dix-huit ou vingt ans, dans un lieu précis, avec des gens précis. C'est la meilleure raison de viser une très bonne école, et elle pèsera plus lourd demain qu'aujourd'hui.

Ce que cela change dans le choix de l'école

Si le réseau compte davantage, une école se choisit aussi pour les gens qu'on y rencontrera : la diversité des profils et des nationalités, l'engagement des anciens, les liens avec les entreprises et les laboratoires, la vie associative, les échanges à l'étranger. Le classement reste un repère parmi d'autres.

Et un réseau ne sert qu'à ceux qui s'en servent. L'étudiant qui s'engage dans une association, monte un projet avec d'autres, va parler à ses professeurs, en sort avec bien plus qu'un diplôme. Celui qui reste seul avec ses outils en sort avec un diplôme.

Ce que cela change dès le lycée

Les admissions sélectives n'ont pas disparu : les meilleures écoles restent très demandées. Les bases qui y mènent changent peu, des notes solides, de bonnes mathématiques, une écriture précise, l'anglais. Ce qui change, c'est la manière de s'en servir. Un lycéen qui utilise l'IA sans lui confier son raisonnement, qui sait travailler en équipe et défendre une idée à l'oral, arrive avec une longueur d'avance.

Je ne sais pas quels métiers existeront dans quinze ans, et je me méfie de ceux qui prétendent le savoir. Je sais en revanche qu'on ne choisit pas une école pour un métier : on la choisit pour le niveau auquel elle oblige et pour les gens qu'on y rencontre.

C'est ce que nous construisons avec les familles dans un plan d'action : où en est l'enfant, ce qu'il doit construire, quelles écoles lui ouvriront les bonnes portes. J'ai détaillé ce que l'IA change pour trois projets fréquents, médecine, droit et code, dans quelle orientation pour mon enfant.

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