La question arrive souvent en troisième, parfois plus tôt, et elle revient à chaque étape : quelle orientation pour mon enfant ? Les parents la posent aujourd'hui avec une inquiétude nouvelle. On leur répète que l'IA va transformer les métiers, et ils ne savent plus vers quoi pousser leur enfant.
J'enseigne les mathématiques et la physique depuis quatorze ans, et j'accompagne des familles dans les choix d'école, de spécialités et de filière. La plupart des erreurs que je vois ne viennent pas d'un mauvais choix de métier. Elles viennent d'une décision prise sans savoir où en était vraiment l'enfant.
Ne pas commencer par le métier
À quatorze ans, très peu d'enfants savent ce qu'ils feront, et c'est normal. Leur demander un métier les pousse à répondre avec ce qu'ils connaissent : le métier de leurs parents, ceux des séries, ceux dont on parle à table. Les métiers de 2040, eux, n'ont pas encore de nom.
Une orientation se décide mieux à partir de trois éléments plus solides : ce qu'il réussit vraiment, ce qui le fait travailler sans qu'on le pousse, et les portes que chaque choix laisse ouvertes. Le métier viendra plus tard, souvent par un chemin imprévu.
Ce qu'il réussit vraiment, au-delà de ses notes
Les bulletins sont une mauvaise boussole quand on les lit seuls. Un 15 de moyenne dans un collège peu exigeant ne vaut pas un 12 dans un établissement très sélectif, et une bonne note de contrôle peut cacher des bases fragiles, qui céderont au premier changement de niveau. C'est fréquent en mathématiques entre la seconde et la première : l'élève découvre que ce qu'il réussissait par habitude ne suffit plus.
Avant de décider, il faut donc savoir où il en est : en mathématiques, à l'écrit en français, en anglais, et dans sa façon de raisonner face à un problème qu'il n'a jamais vu. Un test de niveau sérieux le mesure en quelques heures. C'est la première chose que je fais avec une famille.
Ce qui le fait travailler
Le deuxième élément se voit rarement en classe. Que fait-il quand on ne lui demande rien ? Il démonte des objets, il écrit, il organise, il argumente, il dessine, il fabrique de petits jeux, il lit pendant des heures sur un sujet précis. Ces goûts disent davantage sur ce qui lui conviendra qu'un questionnaire de personnalité en ligne.
Il faut aussi l'écouter, sans lui faire passer un interrogatoire. Quand je reçois un élève seul, je lui demande ce qu'il a aimé faire cette année, à l'école ou ailleurs, et ce qu'il refuserait de faire. Ses réponses surprennent souvent ses parents.
Les portes que chaque choix ferme
En France, l'orientation se joue par étapes, résumées dans l'encadré plus bas. La plus lourde arrive en fin de seconde, avec le choix des spécialités. Abandonner les mathématiques en première ferme la plupart des prépas scientifiques et économiques, beaucoup d'écoles d'ingénieurs et de commerce, et de nombreux cursus à l'étranger. Les garder ne ferme presque rien.
Il en va de même pour les langues, pour une section internationale, pour le choix entre le bac français et l'IB. Chacune de ces décisions ouvre ou ferme des portes des années avant qu'on s'en aperçoive. J'en détaille une dans IB ou bac français.
Et l'IA, dans tout cela ?
Avec l'IA, ce sont surtout les tâches répétitives et bien décrites qui s'automatisent. Raisonner, écrire juste, vérifier un résultat, décider, convaincre : tout cela garde sa valeur, et en gagne. Un enfant solide en mathématiques et à l'écrit, à l'aise dans deux langues, garde presque toutes les portes ouvertes, quel que soit le métier qu'il choisira.
Je déconseille donc de choisir une filière parce qu'elle semble « à l'abri de l'IA ». Les listes de métiers protégés changent d'une année sur l'autre. Je préfère qu'un enfant construise des bases qui lui serviront quel que soit le métier. J'ai détaillé ce que cela change pour trois projets fréquents : la médecine, le droit et l'apprentissage du code.
Qui peut vous aider
Au collège et au lycée, les psychologues de l'Éducation nationale reçoivent gratuitement les élèves et leurs familles, au CIO ou dans l'établissement, et le professeur principal connaît bien le dossier. Ces rendez-vous aident à comprendre les filières.
Ce qu'ils font rarement, faute de temps, c'est mesurer le niveau réel de votre enfant matière par matière. C'est l'objet du bilan d'orientation et de niveau que je propose : des tests adaptés à sa classe, que je corrige, une visio avec vous, et une note écrite qui dit où il en est et ce qui compte maintenant.
Les étapes de l'orientation au lycée français. Fin de troisième : voie générale et technologique ou voie professionnelle. Fin de seconde : trois spécialités pour la première. Fin de première : deux spécialités gardées pour la terminale, et une option de mathématiques pour l'élève qui abandonne la spécialité. Terminale : les vœux sur Parcoursup, au cours de l'hiver.