Le choix entre l'IB et le bac se fait le plus souvent en fin de seconde, parfois plus tôt quand une famille change de pays. À cet âge, très peu d'élèves savent où ils étudieront, et encore moins ce qu'ils feront ensuite. Les familles comparent alors ce qu'elles peuvent voir : la difficulté, la réputation, la place de l'anglais.
La question que je pose, moi, est différente. Quelles portes chaque diplôme laisse-t-il ouvertes pour la suite, lesquelles ferme-t-il, et combien coûte la réouverture d'une porte fermée ? Sur ce terrain, il y a des faits précis, et ils ne sont pas toujours ceux qu'on attend.
| Destination | Avec le bac français | Avec l'IB |
|---|---|---|
| Prépas, écoles post-bac, BUT en France | Voie normale, sur Parcoursup | Candidature sur Parcoursup, examinée selon les mêmes critères |
| Licence à l'université en France | Voie normale, sur Parcoursup | Examen préalable du diplôme par l'université, qui peut refuser |
| Royaume-Uni, Suisse | Ouvert, avec des seuils publiés | Ouvert, avec des seuils publiés |
| États-Unis | Ni l'un ni l'autre n'est exigé ; le dossier se lit dans son ensemble | Idem |
La porte que l'IB peut fermer : la France
C'est le point que beaucoup de familles françaises découvrent trop tard. Le baccalauréat international est délivré par une fondation privée installée à Genève. Pour l'État français, c'est un diplôme étranger, et il n'existe plus d'équivalence automatique avec le bac depuis 2003.
Le ministère l'a rappelé dans une réponse publiée au Journal officiel en février 2024. Pour les formations sélectives, un candidat IB postule sur Parcoursup comme les autres. Pour les licences, l'université examine d'abord le diplôme et peut refuser la candidature si les matières suivies au lycée ne correspondent pas à sa première année. Le ministère mentionne aussi l'attestation de niveau délivrée par le centre ENIC-NARIC pour s'inscrire avec un IB.
Un élève IB qui décide en terminale de faire du droit ou de l'économie à l'université en France n'a donc pas la garantie d'y entrer comme un bachelier. Chaque université examine le dossier à sa façon, et la réponse varie de l'une à l'autre. L'entrée reste possible, sans être acquise.
Pour les prépas, la porte reste ouverte sur le papier. En pratique, c'est la préparation qui fait défaut : les programmes de prépa prolongent ceux de la terminale française, et les commissions lisent des bulletins français depuis toujours. Un excellent élève IB peut y entrer, mais il arrive avec moins d'outils que ses camarades, surtout en maths.
Les portes que les deux ouvrent, et à quel prix
Au Royaume-Uni et en Suisse, les deux diplômes sont acceptés. Reste le niveau demandé, que les universités qui recrutent à l'international publient pour chacun des deux.
| Avec le bac français | Avec l'IB | |
|---|---|---|
| Cambridge, droit | Offres fondées sur 17 de moyenne, avec en général 17 dans les matières concernées, et le test LNAT | 41 à 42 points, avec 7, 7 et 6 dans les trois matières HL, et le test LNAT |
| EPFL, bachelor | 16 en maths, 16 en physique et 16 de moyenne générale | 38 sur 42 hors points bonus, au moins 6 en maths et en physique, toutes deux en HL avec une troisième science |
Pour donner l'échelle : à la session de mai 2025, la moyenne mondiale au diplôme de l'IB était de 30,6 points, et moins de 5 % des candidats ont atteint 40 points ou plus. Les grandes universités ne sont pas plus faciles par une voie que par l'autre ; elles demandent d'être dans le haut du panier, quel que soit le diplôme.
Les universités américaines n'exigent ni l'un ni l'autre. Le dossier s'y joue aussi sur la lettre de recommandation, les activités et la façon de présenter les notes, ce que je détaille dans la page sur les Ivy League depuis la France.
L'écrit et les langues
Les deux diplômes ne forment pas la même plume. Le bac est construit autour de l'écrit français : épreuves anticipées de français en fin de première, à l'écrit et à l'oral, philosophie en terminale, puis le grand oral. Dissertation et commentaire y façonnent une manière d'argumenter très structurée, celle que les prépas attendent. L'IB demande d'autres formats : un mémoire de recherche de 4 000 mots sur un sujet choisi par l'élève, un essai de théorie de la connaissance, et des travaux notés tout au long des deux ans.
On oublie souvent que l'IB ne se passe pas forcément en anglais. Hors cours de langue, les épreuves peuvent se passer en anglais, en français ou en espagnol, selon ce que propose l'école. L'IB prévoit aussi un diplôme bilingue, pour l'élève qui suit deux cours de langue et littérature, ou qui passe une matière comme l'histoire ou une science dans une autre langue que sa langue principale. À mon sens, le niveau d'anglais réellement atteint dépend davantage de l'école que du diplôme : un bon parcours bilingue dans le système français, ou le bac français international, donne un anglais de très bon niveau.
Ce que ça coûte
Le bac se prépare gratuitement dans un lycée public. L'IB, lui, est enseigné en France dans des établissements que le ministère décrit comme majoritairement privés, et qui paient chaque année une redevance à la fondation de l'IB. Pour donner un ordre de grandeur, à l'International School of Paris, les trois dernières années coûtent 39 000 euros par an en 2026-2027, auxquels s'ajoute un droit d'entrée de 10 000 euros pour un nouvel élève. Sur deux ans de programme, c'est un budget qui pèse dans le choix, et qu'il vaut mieux mettre en regard des portes que l'on cherche à ouvrir.
La porte qu'on ferme sans s'en rendre compte : le choix des maths
À l'intérieur de chaque diplôme, une décision prise à 15 ans pèse plus lourd que le choix du diplôme lui-même. À l'IB, il existe deux cours de mathématiques, « Analysis and approaches » et « Applications and interpretation », chacun en niveau HL ou SL. Pour une école d'ingénieurs, une prépa scientifique ou des études de maths, le premier en HL est le seul vraiment adapté, et Cambridge l'exige pour ses études de mathématiques. Au bac, l'équivalent est d'arrêter la spécialité maths en fin de première : les prépas scientifiques deviennent alors pratiquement inaccessibles. Avant de trancher, il faut savoir où en est vraiment l'enfant : c'est par là que je commence avec une famille, et j'explique comment dans Quelle orientation pour mon enfant.
Entre les deux programmes, la différence de fond porte sur la démonstration. Le programme français de spécialité maths, complété par maths expertes, va plus loin dans le raisonnement rédigé. C'est ce qui manque le plus souvent aux élèves IB que j'accompagne quand ils arrivent dans un cursus scientifique exigeant : ils calculent bien, ils savent se servir de la calculatrice graphique, mais justifier chaque étape leur demande un vrai réapprentissage. L'IB, de son côté, fait plus de place aux statistiques, à la modélisation et au travail de recherche personnel.
Rouvrir une porte fermée
Les deux diplômes se préparent sur deux ans, première et terminale d'un côté, les deux années du programme de l'IB de l'autre. Le moment le plus simple pour changer est donc la fin de la seconde, dans un sens comme dans l'autre. Après la première, c'est possible dans certaines écoles, mais cher : les matières, les épreuves déjà passées et les attentes ne se transposent pas.
Un élève qui revient de l'IB vers le système français doit surtout rattraper la méthode : dissertation, commentaire, démonstration en maths. Un élève qui part du système français vers l'IB doit s'habituer à écrire beaucoup en anglais et à mener des travaux longs, le mémoire en particulier.
Le rythme, l'autre critère
Bac français
- Un tronc commun, et trois spécialités en première, dont on garde deux en terminale.
- Une option maths expertes possible en terminale.
- Contrôle continu pour 40 % de la note, épreuves finales pour 60 % : français et mathématiques en fin de première, philosophie, les deux spécialités et le grand oral en terminale.
- Notes sur 20, mention très bien à partir de 16.
IB, programme du diplôme
- Six matières sur deux ans, dont trois en niveau supérieur (HL) et trois en niveau moyen (SL).
- En plus : théorie de la connaissance, un mémoire personnel et un programme d'activités (CAS).
- L'essentiel de la note se joue aux examens de fin de deuxième année, en mai dans l'hémisphère nord.
- Chaque matière notée de 1 à 7, total sur 45, diplôme à partir de 24 points sous conditions.
Au bac, une bonne partie se joue sur les bulletins et sur des épreuves étalées entre la première et la terminale. À l'IB, tout converge vers une seule session d'examens. Certains élèves s'y épanouissent, d'autres vivent très mal ce dernier printemps. Une fois les portes examinées, c'est souvent ce critère qui fait pencher la balance pour un élève donné.
Une autre voie : l'IB jusqu'en quatrième, puis le système français
Le choix ne se fait pas forcément d'un bloc, ni en fin de seconde. Une voie que je recommande à certaines familles consiste à suivre les programmes de l'IB du CM2 à la quatrième, la fin du primaire puis les premières années du programme intermédiaire, et à rejoindre le système français en troisième.
L'élève prend ainsi le meilleur des deux. Il installe son anglais tôt, dans un cadre réellement bilingue. Et en maths, le programme de l'IB va plus vite et plus loin : dès le CM2, il aborde des notions que le programme français ne traite que bien plus tard. Il rejoint ensuite le système français au moment où celui-ci devient plus exigeant sur la démonstration, et arrive en seconde avec toutes les portes françaises ouvertes, le choix du diplôme encore devant lui.
Le passage se prépare. Il faut mettre à niveau le français écrit et la rédaction en maths, et passer souvent un test d'entrée quand l'établissement visé est sélectif. C'est le travail que nous faisons pour l'entrée dans les écoles, et en maths, en cours particuliers. Pour le choix du collège lui-même, voyez la page sur le choix d'un collège à Paris en rentrant de l'étranger, qui vaut aussi pour un élève qui quitte une école internationale.
Quand on ne sait pas encore
C'est le cas le plus fréquent, et ma règle est simple : on choisit le diplôme qui ferme le moins de portes pour cet enfant-là. Pour une famille française, c'est en général le bac. Il garde toute la France ouverte, et avec un bon dossier, les grandes destinations étrangères aussi. L'IB devient le meilleur choix quand la famille sait que l'avenir de l'enfant se jouera hors de France, ou quand elle déménage d'un pays à l'autre et a besoin d'un programme qu'on retrouve d'une école à l'autre.
Il existe enfin une voie qui garde presque tout ouvert : le bac français international, un bac français avec un enseignement renforcé dans une langue étrangère. Il conserve tous les droits du bac en France et se lit bien à l'étranger. J'en parle en détail dans la page sur le BFI et ses débouchés.