Étudier à l'étranger après le bac : quel pays pour quel élève

La façade de la gare du Nord à Paris, ses statues de villes et sa grande verrière
La façade de la gare du Nord, à Paris, dont les statues figurent des villes desservies par le réseau du Nord, Londres, Bruxelles et Amsterdam parmi elles. Photo Bobo Boom, Wikimedia Commons, CC BY 2.0.

Les familles commencent presque toujours par le pays : « on pense à Londres », « il aimerait le Canada ». Je commence ailleurs. Un pays ne dit ni la langue d'enseignement, ni le prix, ni la façon de sélectionner, et ce sont ces trois choses qui décident si un élève réussira là-bas. Un bon élève de terminale qui veut étudier hors de France a devant lui des systèmes qui n'ont presque rien en commun : l'un trie sur dossier en janvier, l'autre laisse entrer largement et élimine pendant la première année, un troisième fait passer un test en mars.

Chaque destination a son article détaillé sur ce site, et j'y renvoie. Celui-ci sert à choisir entre elles : un tableau qui les met côte à côte, l'ordre dans lequel je prends les décisions avec une famille, la façon de tenir plusieurs calendriers sans lâcher Parcoursup, et ce que devient l'étudiant quand il veut revenir en France.

Erasmus n'est pas une porte d'entrée

C'est la confusion que j'entends le plus souvent, et elle fait perdre un an. Erasmus+ est un échange : la Commission européenne le réserve aux étudiants déjà inscrits dans un établissement d'enseignement supérieur qui participe au programme, pour une période de deux à douze mois dans une université partenaire. Un bachelier ne « part pas en Erasmus » à la sortie du lycée. Il s'inscrit d'abord quelque part, en France ou à l'étranger, et c'est cette inscription qui ouvre l'échange.

La nuance vaut pourtant de l'or pour un projet britannique. L'étudiant Erasmus est dispensé des frais de scolarité de l'université d'accueil, et le Royaume-Uni a conclu en décembre 2025 son retour dans le programme pour l'année universitaire 2027-2028, la suite restant à négocier. Pour un élève qui rêve d'Angleterre mais dont la famille ne financera pas 150 000 livres, une licence française avec une année d'échange dans une université britannique redevient une vraie option, à vérifier au moment de choisir la licence, puisque tout dépend des accords de chaque faculté.

Les destinations côte à côte

Les montants sont ceux que paie un élève français qui vit en France, d'après les sites des universités et des gouvernements. Ils changent chaque année ; l'ordre de grandeur, beaucoup moins.

DestinationFrais de scolarité annuels pour un FrançaisComment on est sélectionnéLangueDate limite habituelle
Royaume-UniDe 25 500 £ (droit à Bristol) à 48 600 £ (informatique à UCL), tarif internationalNotes prévisionnelles, matières exigées, souvent un testAnglaisMi-octobre pour Oxbridge et médecine, mi-janvier ailleurs
États-UnisPlus de 90 000 $ par an tout compris à Harvard en 2026-2027, aide sur besoin dans les universités les plus richesDossier complet, lu sur plusieurs annéesAnglaisDébut novembre ou début janvier
QuébecEnviron 9 730 $ canadiens pour 30 crédits en 2026-2027, tarif réservé aux Français, hors frais annexesBulletins de première et de terminaleFrançais, ou anglais à McGill15 janvier à McGill, 1er février à l'Université de Montréal
Suisse, EPFL4 480 francs suisses par an pour un étudiant étranger depuis 202516 en maths, en physique et en moyenne, puis classement dans la limite des places ; tri sévère en première annéeFrançaisFin avril
Suisse, ETH Zurich2 190 francs suisses par semestre pour un étrangerConditions de notes, sinon examen en janvierAllemand, niveau C1 exigé31 mars
Pays-Bas2 694 € en 2026-2027, tarif légal pour un EuropéenTest pour les programmes plafonnés comme à TU Delft, tri en première année ailleursAnglais15 janvier pour les programmes plafonnés, 1er mai pour les autres
Italie, BocconiEnviron 17 000 € en 2026-2027, selon les revenus déclarésBulletins et test propre à l'universitéAnglais ou italienJanvier

Trois lignes de ce tableau trompent les familles. La Suisse d'abord : les frais y sont bas, mais l'EPFL chiffre elle-même la vie à Lausanne autour de 25 000 à 30 000 francs par an, et elle ne garantit rien à l'entrée. Les conditions, la date et le premier semestre sont décrits dans l'admission à l'EPFL avec le bac français ; pour Zurich, la vraie barrière est l'allemand, détaillée dans l'ETH avec le bac français. Les Pays-Bas ensuite, où un Européen paie le tarif légal mais où la sélection se déplace dans l'année, comme je l'explique dans TU Delft et les universités néerlandaises. Le Québec enfin, le meilleur rapport entre le prix et la qualité pour un Français grâce à l'accord entre la France et le Québec, que je présente dans Étudier au Canada après le bac, avec le détail de McGill dans McGill avec le bac français.

Le Royaume-Uni et les États-Unis sont à part, parce qu'ils coûtent plusieurs fois plus que le reste pour un Français. Le premier fait payer le tarif international depuis le Brexit sans presque aucune aide ; le second affiche des prix plus élevés mais finance le besoin des familles dans ses universités les plus riches. J'ai comparé le coût d'une licence britannique entière, université par université, dans Étudier au Royaume-Uni après le bac, et la lecture américaine d'un dossier français dans Étudier aux États-Unis après le bac. Pour la Bocconi, le piège est financier et se joue au moment de l'acompte, voir Entrer à la Bocconi depuis un lycée français.

L'ordre dans lequel je prends les décisions

La langue et la matière d'abord. Un élève qui ne lira pas couramment un manuel d'économie en anglais à la rentrée de première n'est pas un candidat pour la LSE, quoi qu'en dise son bulletin. Un élève qui veut l'ingénierie en français a l'EPFL, l'Université de Montréal et la prépa. Cette première décision réduit souvent la liste à deux ou trois pays.

Le budget sur la durée du diplôme ensuite, pas sur une année. Une licence écossaise dure quatre ans, un bachelor américain aussi, une licence anglaise trois. Une famille qui fixe son plafond avant de visiter évite de laisser l'élève tomber amoureux d'un campus qu'elle ne paiera pas.

Le mode de sélection, troisième critère, et celui que je regarde avec le plus d'attention. Le Royaume-Uni et les États-Unis trient avant l'entrée, sur dossier et sur des notes que le lycée prévoit. L'EPFL et la plupart des universités néerlandaises admettent plus largement et trient pendant la première année : l'EPFL ne publie qu'un taux de réussite de 51,5 %, tiré d'un entretien interne de 2022. Un élève brillant à l'écrit mais fragile sous pression dans la durée s'en sortira mieux dans un système qui le juge une fois, au dossier, que dans un premier semestre éliminatoire, et l'inverse vaut pour l'élève moyen en terminale qui travaille beaucoup quand l'enjeu est là.

Le retour en France enfin, dont je parle plus bas, et qui devrait peser dès le départ pour un élève qui pense revenir faire un master ou une grande école.

Partir dès le bac, ou après une première formation en France

Partir dès le bac

  • Diplôme étranger complet, réseau et langue acquis tôt.
  • Dossier monté en première et en terminale, en plus du bac.
  • Coût plein dès la première année, sans aide au Royaume-Uni.
  • Retour en France par une attestation de comparabilité.

Partir après la licence, une prépa ou un bachelor français

  • Diplôme français en poche, puis master ou échange à l'étranger.
  • Échange Erasmus sans frais d'accueil, Royaume-Uni compris en 2027-2028.
  • Moins d'immersion pendant les premières années.
  • Un double diplôme comme ceux de HEC et de la Bocconi combine les deux.
Comparaison établie à partir des règles d'Erasmus+, d'ENIC-NARIC France et des programmes cités.

Entre les deux colonnes, les bachelors en partenariat font un pont : une partie des études en France, une partie à l'étranger, deux diplômes. Je compare les plus demandés dans le bachelor HEC-Bocconi, ESSEC-CentraleSupélec et les autres.

Peut-on garder Parcoursup ouvert jusqu'au bout ?

Oui, et je le demande à toutes les familles. Les universités étrangères ne voient pas les vœux Parcoursup, Parcoursup ne voit pas les candidatures étrangères, et formuler ses vœux ne coûte rien. Le calendrier impose d'ailleurs de le faire : les vœux se ferment à la mi-mars, avant la plupart des réponses étrangères.

Ce qui coince, ce sont les points de non-retour, qui ne tombent pas au même moment selon les pays. La Bocconi demande un acompte de 3 400 € non remboursables dans les trois semaines qui suivent l'admission, avant même de connaître le montant de l'aide. McGill demande à un étudiant international un dépôt de 1 000 dollars canadiens, perdu s'il ne s'inscrit pas. L'EPFL interdit la double immatriculation et exige la preuve d'une désinscription ailleurs au 30 septembre. Et une offre britannique reste conditionnelle jusqu'aux résultats du bac, début juillet.

Ma règle est de ne jamais lâcher une proposition Parcoursup avant que la place étrangère soit à la fois définitive et payée. Un élève qui tient une offre conditionnelle d'Édimbourg garde sa licence ou sa prépa acceptée sur Parcoursup jusqu'au bac, et démissionne ensuite. La formation française récupère la place quelques semaines plus tard, et l'élève n'a rien parié.

Exemple : les dates qui se chevauchent pour la rentrée 2027.

UCAS : 15 octobre 2026 pour Oxford, Cambridge et la médecine, 13 janvier 2027 pour les autres formations. McGill : candidature avant le 15 janvier 2027, pièces avant le 1er mars. TU Delft, programmes plafonnés : Studielink avant le 15 janvier 2027, test de sélection en aérospatiale le 11 mars. Université de Montréal : 1er février 2027. ETH Zurich : du 1er décembre 2026 au 31 mars 2027, certificat d'allemand compris. Parcoursup publie son calendrier 2027 en fin d'année 2026 ; en 2026, les vœux se formulaient du 19 janvier au 12 mars et les réponses ont commencé le 2 juin.

Revenir en France après un diplôme étranger

La France ne donne pas d'équivalence automatique à un diplôme étranger. Le centre ENIC-NARIC France délivre une attestation de comparabilité, qui situe le diplôme par rapport aux diplômes français. Dans sa réponse à une question écrite d'une députée, publiée en 2026, le ministère indiquait près de 62 000 dossiers reçus en 2023 et un objectif de traitement en trois mois en moyenne. La même question rappelait qu'environ 100 000 étudiants français étudiaient à l'étranger en 2021, et que beaucoup, au retour, se heurtent à ces délais. Je conseille de demander l'attestation pendant la dernière année d'études, pas après la remise du diplôme.

Pour les grandes écoles, la porte existe et elle est bien balisée. Le programme Grande École de HEC, par exemple, est ouvert aux titulaires d'un bachelor d'au moins trois ans et 180 crédits ECTS, dans n'importe quelle discipline, avec un test de gestion obligatoire, GMAT, GRE ou Tage Mage. Une licence britannique de trois ans y donne donc accès, un bachelor américain aussi. Pour un master universitaire, la plateforme Mon Master centralise les candidatures, et je conseille de vérifier la situation d'un diplômé de l'étranger sur sa page d'éligibilité dès la dernière année.

Ce qui se perd au départ, en revanche, c'est la prépa. Un élève qui part en licence à l'étranger renonce à la filière des concours d'ingénieurs et de commerce par la voie classique ; il pourra revenir par les admissions sur titre, plus étroites. Pour un élève qui hésite, une année de césure accordée sur Parcoursup peut garder une place en France pendant qu'il tente l'étranger l'année suivante, je l'explique dans l'année de césure après le bac.

Ce que racontent ceux qui sont partis

Sur The Student Room, les étudiants et les parents parlent d'abord de logement, rarement de frais de scolarité. À St Andrews, ils décrivent une petite ville où les loyers dépassent ceux des autres villes universitaires ; un parent y chiffre une colocation à environ 150 livres par semaine et par étudiant, charges en sus. Les candidats à Imperial découvrent, eux, que les résidences comptent des chambres doubles dans tous les bâtiments. À Lausanne, c'est l'EPFL elle-même qui prévient : elle demande en plus une garantie de loyer de plusieurs mois. Le second sujet qui revient, chez ceux qui rentrent, c'est l'administration du retour, ces délais de reconnaissance que la question écrite citée plus haut décrivait.

Ce que j'en retiens pour les familles : un projet à l'étranger tient quand il a été choisi pour l'élève, pour sa matière et la langue dans laquelle il travaille le mieux, et pas pour échapper à Parcoursup. Les 23 ans d'âge moyen que la Caf cite pour les 90 500 étudiants qui partent chaque année rappellent d'ailleurs que la plupart des étudiants français partent après une première formation, pas à la sortie du lycée. Partir dès le bac se décide donc tôt, au moment du choix des spécialités en fin de seconde.

Construire un projet à plusieurs pays

Un élève qui vise deux ou trois pays mène en parallèle des dossiers qui n'ont ni le même format, ni les mêmes tests, ni les mêmes dates, en plus de Parcoursup et du bac. Chez Carmine, nous construisons la liste avec la famille, dans l'ordre que j'ai décrit, nous préparons les tests et les textes avec l'élève, et nous tenons le calendrier jusqu'au choix final. La page L'accompagnement admissions décrit notre façon de travailler.

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