Deux choses ont changé à Lausanne, et elles visent les familles françaises plus que les autres.
Depuis la rentrée 2025, la première année de bachelor est plafonnée à trois mille places. L'EPFL a expliqué publiquement pourquoi : en treize ans, le nombre d'étudiants venus d'un diplôme étranger a augmenté de deux cent trente-trois pour cent, et plus de neuf sur dix de ces effectifs viennent de France. La réduction attendue des admissions est de l'ordre de vingt pour cent. Dans le même mouvement, la taxe semestrielle des étudiants étrangers a été triplée.
Cet article dit exactement ce qu'il faut pour entrer, ce qui arrive si on n'y est pas, et à quelles dates. Tout vient des pages et des règlements de l'EPFL.
Sept branches, et deux seuils
Le baccalauréat français relève de la catégorie des certificats européens. Il ne suffit pas à lui seul. Il doit satisfaire une liste de conditions, toutes obligatoires, et l'admission reste ensuite soumise aux places disponibles.
Cette dernière ligne est celle que les familles lisent trop vite. Remplir les conditions ne donne pas une place, seulement le droit d'être classé : l'EPFL sélectionne sur la moyenne générale du certificat, dans la limite des places. Et elle ne publie ni le nombre de candidatures, ni la moyenne du dernier admis, aucune année. Impossible, donc, de vous dire si seize suffit ou s'il faut dix-sept, et méfiez-vous de ceux qui l'affirment.
Une phrase de la foire aux questions mérite aussi d'être connue des familles qui bâtissent un projet dès la seconde : il n'y a aucune garantie que les exigences restent les mêmes d'une année sur l'autre. Elles sont mises à jour en janvier pour la rentrée de septembre suivante.
Le piège de la physique-chimie
Un point technique, rarement expliqué, fait pourtant tomber des dossiers entiers.
L'EPFL écrit qu'une matière combinant deux disciplines sous un libellé unique, avec une moyenne unique, ne peut pas valider deux exigences séparées. Elle cite l'exemple lui-même : la physique-chimie ne peut pas satisfaire à la fois l'exigence de physique et celle de chimie.
Or la spécialité française s'appelle justement physique-chimie. Elle valide donc la physique, et il faut trouver ailleurs la chimie ou la biologie. C'est là que la règle des six branches sur sept laisse une marge, sans que l'EPFL précise laquelle des sept peut manquer au-delà des mathématiques et de la physique, qui sont, elles, obligatoires. Si votre enfant abandonne les sciences de la vie et de la Terre en fin de première, vérifiez ce point avant de choisir ses spécialités, pas après.
Et si on n'atteint pas les 80 % ?
C'est la question que toutes les familles posent, et la réponse est plus dure que ce qu'on lit partout ailleurs.
L'examen d'admission
- Fermé. Il est réservé aux maturités professionnelles et spécialisées suisses, aux certificats délivrés hors Union européenne, hors AELE et hors Royaume-Uni, et aux personnes résidant en Suisse pour un motif professionnel.
- Un bac français délivré en France n'y ouvre pas droit.
Le cours de mathématiques spéciales
- Fermé également. L'année préparatoire de l'EPFL s'adresse aux maturités suisses et aux certificats hors Union européenne, AELE et Royaume-Uni.
- Le document officiel qui liste les conditions pays par pays compte cent trente-deux entrées. La France n'y figure pas.
L'admission sur dossier
- Elle n'existe pas. L'EPFL écrit : il n'y a pas d'admission sur dossier au bachelor.
- Et elle ajoute que d'excellents résultats ne compensent pas une lacune dans les options choisies.
Pour un élève de lycée français scolarisé en France, il n'y a donc aucun rattrapage : soit il est au-dessus des seuils, soit il ne candidate pas.
C'est la raison pour laquelle la stratégie EPFL se décide en première, quand les notes qui constitueront la moyenne peuvent encore bouger, et pas en terminale quand tout est joué.
Une nuance sur les classes préparatoires. L'EPFL admet, sur dossier, en deuxième année, les candidats ayant réussi au moins une année dans une filière jugée équivalente. Mais elle ajoute une condition que beaucoup ignorent : il faut aussi remplir les conditions d'entrée en première année, donc les fameux quatre-vingts pour cent au bac. La seule brochure de l'EPFL qui nomme les prépas françaises, avec les sigles MPSI et PCSI, date de 2017, renvoie à une adresse qui n'existe plus et contredit les délais actuels. Ne vous y fiez pas.
Le calendrier
Il est publié sans année, à l'identique chaque année.
- Mi-novembreOuverture du formulaire de candidatureAucun jour précis n'est publié.
- 30 avrilClôture, formulaire validé et payéAvec les relevés de notes des deux années de lycée, la pièce d'identité et la photo. Le paiement non effectué vaut candidature non déposée.
- À partir de mi-janvierTraitement des dossiersL'examen prend plusieurs semaines.
- 10 juilletDépôt des pièces finalesPour un bac obtenu après 2020, le relevé électronique final avec code QR, téléchargé depuis l'espace candidat Cyclades. Sans lui, aucune immatriculation.
- Début aoûtDécision d'admissionElle ne vaut que pour la rentrée de la même année.
- 30 septembrePreuve d'obtention du titrePassé ce délai, l'admission est annulée.
Deux règles annexes méritent d'être connues. La double immatriculation avec une autre université est interdite, et il faut prouver sa désinscription au 30 septembre. Et un candidat admis dans le cadre du plafond de places ne peut pas changer de section avant la rentrée, alors que les autres le peuvent.
Ce que ça coûte, et ce qui a triplé
La candidature coûte cent cinquante francs avec un certificat étranger, non remboursables.
La taxe semestrielle était de sept cent quatre-vingts francs. Depuis l'automne 2025, la part dite finance de cours, sept cent trente francs, est triplée pour les étudiants étrangers. Elle passe à deux mille cent quatre-vingt-dix francs, soit deux mille deux cent quarante francs par semestre et quatre mille quatre cent quatre-vingts francs par an.
Sont exemptés les Suisses, et les étrangers qui prouvent qu'ils résidaient déjà en Suisse avant le début de leurs études pour un motif professionnel, familial ou de protection. Un bachelier français qui s'installe à Lausanne pour étudier est donc pleinement concerné.
À cela s'ajoute le coût de la vie, que l'EPFL chiffre elle-même pour un étudiant étranger à deux mille cent sept francs par mois, soit vingt-cinq mille deux cent dix-neuf francs par an, logement à neuf cents francs compris. Une garantie de loyer de plusieurs mois est généralement exigée en plus. Notez que le site donne trois totaux différents selon les pages, vingt-cinq mille, vingt-neuf mille et trente mille : prenez le plus élevé pour bâtir un budget.
La langue
Point rassurant pour une famille française, et mal connu : la première année de bachelor se fait en français, avec au maximum un cours en anglais par semestre. Ce n'est qu'à partir de la deuxième année que les plans d'études peuvent comporter jusqu'à la moitié de cours en anglais. Un bachelier français est dispensé de l'attestation de niveau exigée des autres candidats.
Pourquoi les bacheliers français décrochent au premier semestre
C'est le point que les familles découvrent trop tard, et il n'a rien à voir avec l'admission.
Un bachelier français arrive à Lausanne avec un programme de mathématiques large. Il a vu beaucoup de choses. Ce qu'il n'a pas, c'est la profondeur de calcul et la rigueur de démonstration que le premier semestre exige immédiatement. Le lycée français a réduit l'horaire de mathématiques, supprimé une partie du calcul technique, et déplacé l'effort vers la modélisation. L'EPFL, elle, n'a rien changé à ses attentes.
Trois écarts reviennent systématiquement chez les élèves que j'accompagne :
- Le calcul algébrique. Manipuler une expression longue sans erreur, sans calculatrice, sous contrainte de temps. Un élève français passe sa terminale avec une calculatrice à portée de main. Le premier semestre le lui retire.
- La démonstration. Écrire une preuve complète, avec quantificateurs et cas limites. Le bac français demande de justifier, pas de démontrer. Ce n'est pas le même exercice.
- Le rythme. Le volume hebdomadaire de travail personnel attendu dépasse ce qu'un très bon élève de terminale a jamais fourni. Ceux qui échouent sont rarement les moins doués ; ce sont souvent ceux qui n'avaient jamais eu à travailler.
J'en tire une règle pour les familles que j'accompagne : la préparation utile commence en première, pas après l'admission. Un élève qui vise Lausanne doit avoir fait, avant d'y arriver, le travail de calcul et de démonstration que son lycée ne lui demandera pas.
Les chiffres que l'EPFL garde pour elle
Il en manque trois, et ils comptent :
- Aucun taux d'admission, aucun volume de candidatures, aucune moyenne de coupure depuis l'instauration du plafond. Impossible de savoir où se situe la barre.
- Le taux de réussite en première année n'est pas une statistique publiée. Le seul chiffre officiel disponible, cinquante et un et demi pour cent de réussite, vient d'un entretien interne de 2022. Une présentation de 2018 indiquait par ailleurs que quarante-cinq pour cent des entrants terminaient leur premier semestre sous la barre des trois et demi. Les chiffres de soixante pour cent d'échec qui circulent partout n'ont pas de source officielle.
- L'EPFL renvoie la lecture pays par pays à un site extérieur qu'elle ne maîtrise pas, et prévient elle-même qu'il n'est mis à jour qu'une fois par an en janvier, donc potentiellement périmé quand le formulaire ouvre en novembre.
Pour la stratégie de long terme, le choix entre Lausanne et la prépa, la comparaison avec Zurich et le calendrier de préparation depuis la seconde, lisez notre analyse dédiée sur l'intégration de l'EPFL depuis un lycée français.