Paris compte une trentaine de sections internationales publiques, réparties entre des écoles, des collèges et des lycées. Elles sont gratuites, elles mènent au baccalauréat français international, et elles recrutent toutes par la même plateforme, au même moment de l'année. Ce qui piège les familles, c'est rarement la langue. C'est la carte : une section qui existe au collège n'existe pas forcément au lycée du même établissement, certains lycées réputés « internationaux » n'en ont aucune, et l'ordre des vœux décide de l'endroit où le dossier sera lu.
Je ne reviens pas ici sur le fonctionnement de la section britannique, détaillé dans la section internationale britannique, ni sur le lycée international de Saint-Germain-en-Laye, qui a son propre article. Celui-ci s'en tient à Paris intra-muros.
Dix langues, une douzaine d'établissements
La liste ci-dessous croise les pages de l'académie de Paris consacrées aux sections internationales au collège et au lycée, mises à jour en janvier 2026, et la liste officielle des parcours BFI publiée par le ministère.
| Langue | Au collège | Au lycée (seconde puis BFI) |
|---|---|---|
| Anglais (britannique) | Montaigne (6e), Voltaire (11e), Camille-Sée (15e), Balzac (17e), Maurice-Ravel (20e), Raymond-Queneau | Camille-Sée, Balzac, Maurice-Ravel |
| Allemand | Balzac | Balzac |
| Arabe | Claude-Monet (13e), Balzac | Claude-Monet, Balzac |
| Chinois | Paul-Gauguin (9e, 6e et 5e), Gabriel-Fauré (13e), Janson-de-Sailly (16e), Jean-de-La-Fontaine (16e) | Jacques-Decour (9e), Claude-Monet, Janson-de-Sailly |
| Espagnol | Balzac | Balzac |
| Italien | Camille-Sée, Balzac | Balzac, Camille-Sée (premier BFI en 2028) |
| Japonais | Jean-de-La-Fontaine | Jean-de-La-Fontaine |
| Polonais | Montaigne | Montaigne |
| Portugais | Montaigne, Balzac | Montaigne, Balzac |
| Russe | Jacques-Prévert (6e), ouverture récente | aucun lycée à Paris |
Le lycée Honoré-de-Balzac, dans le 17e, réunit à lui seul six langues. C'est la raison pour laquelle on le cite toujours en premier, et aussi pour laquelle la concurrence y est la plus visible.
Les trous de la carte
Lu de près, ce tableau a des trous, et les familles les découvrent souvent trop tard.
D'abord, plusieurs collèges n'ont pas de lycée à section dans la même langue au même endroit. Un élève de section britannique à Montaigne, à Voltaire ou à Raymond-Queneau devra changer d'établissement en seconde. Un élève de section chinoise à Gabriel-Fauré ou à Jean-de-La-Fontaine aussi. Et le passage n'a rien d'automatique : il faut candidater à nouveau et repasser les tests. Même à Balzac, où collège et lycée sont dans les mêmes murs, l'association de parents de la section anglophone rappelle que les élèves de troisième de la section passent le test d'entrée en seconde avec les candidats extérieurs.
Ensuite, des lycées parisiens réputés pour leurs langues n'ont aucune section internationale. Victor-Duruy et Lamartine n'en ont pas : ce qu'ils proposent est une section européenne, avec une discipline enseignée en partie en anglais (les sciences économiques et sociales à Duruy, la physique-chimie à Lamartine). Paul-Valéry ne figure pas non plus sur la liste de l'académie. Une section européenne s'adresse à des élèves qui apprennent l'anglais ; une section internationale suppose qu'ils le maîtrisent déjà, et elle mène à un autre diplôme.
Enfin, au lycée, la section russe n'a pas de suite à Paris, et la section italienne de Camille-Sée ne présentera ses premiers bacheliers BFI qu'en 2028.
Un seul guichet, de janvier à mars
Toutes les sections publiques parisiennes recrutent sur la même plateforme académique, celle des « cursus spécifiques ». Elle ouvre à la mi-janvier et ferme début mars, pour la rentrée de septembre suivante. On y classe jusqu'à dix vœux, et ces dix vœux sont communs à tous les cursus spécifiques : sections internationales, orientales et binationales, mais aussi Henri-IV et Louis-le-Grand. Un élève qui vise à la fois Balzac et Louis-le-Grand doit donc tout classer dans la même liste.
Deux démarches courent en parallèle et sont souvent oubliées. Une famille parisienne qui vise la sixième doit aussi demander une dérogation, motif « parcours scolaire particulier », même si le collège demandé est celui de son secteur. Une famille qui s'installe à Paris doit déposer en plus une demande d'affectation en classe ordinaire, au cas où la section ne la retiendrait pas. Pour un élève de troisième, les vœux de section se saisissent aussi dans l'application d'affectation, en mai, en tête de liste.
Le calendrier a changé récemment. Jusqu'en 2024, la plateforme fermait fin mars et les tests avaient lieu en avril ou en mai, et beaucoup de pages d'associations de parents affichent encore ces dates. Fiez-vous à la page de l'académie de l'année en cours.
Exemple : la campagne pour la rentrée 2026.
Plateforme ouverte du 12 janvier au 10 mars 2026. Écrits les 18 et 19 mars selon la langue : britannique le 18 à 8 h 15, chinois et japonais le 18 à 10 h, arabe le 18 à 10 h 30, portugais le 18 à 13 h 30, polonais le 18 à 14 h, italien le 19 à 8 h 15, allemand le 19 à 10 h 30, espagnol le 19 à 13 h 30. Oraux du 7 avril au 13 mai. Résultats le 15 juin pour le collège, le 30 juin pour le lycée.
Ce que contiennent l'écrit et l'oral
L'académie ne publie ni sujets ni annales, et chaque section construit ses épreuves. Les sections britanniques donnent tout de même assez de détails pour se faire une idée du niveau.
Au lycée Maurice-Ravel, l'écrit d'entrée en seconde porte sur un extrait de 50 à 80 lignes tiré d'un classique de la littérature anglaise, avec des questions de compréhension, puis un texte de 200 à 300 mots. L'oral dure 10 à 15 minutes : une courte conversation, puis l'étude d'un poème ou d'un extrait. À Balzac, d'après l'association de parents, l'écrit dure 60 minutes pour une entrée au collège et 90 minutes au lycée, où l'on attend un commentaire critique de texte. Pour la sixième à Camille-Sée, la section décrit un passage de 30 à 35 lignes et 15 à 20 lignes d'écriture.
Le lycée Maurice-Ravel publie aussi son barème, et il mérite qu'on s'y arrête. Sur 60 points, le dossier scolaire en vaut 20, l'écrit 20, l'oral 20, dont 10 pour la langue et 10 pour la motivation. Un tiers de la note se joue donc avant le jour de l'épreuve, sur les bulletins. La section précise qu'elle regarde de près le français et l'histoire, pas seulement l'anglais : c'est logique, puisque l'histoire-géographie est enseignée pour moitié dans la langue de la section, sauf en section chinoise, où ce sont les mathématiques.
Sur les forums d'enseignants et de parents, les mêmes remarques reviennent. Des parents regrettent de n'avoir aucune annale pour évaluer les chances de leur enfant, et des professeurs répondent que c'est voulu, pour éviter le bachotage. Un enseignant de section explique que son établissement ne recrute pas que des bilingues, sinon il ne remplirait pas ses classes, et qu'il cherche un intérêt réel pour la culture du pays. D'autres parents rapportent l'inverse : un bon dossier non retenu pour les épreuves, ou, dans des villes où les familles anglophones sont nombreuses, des places qui vont surtout aux enfants dont un parent parle la langue.
Le premier vœu décide du lieu d'examen
C'est le point le plus mal compris de la procédure. La candidature est étudiée dans l'établissement demandé en premier vœu : c'est lui qui fait passer l'oral, classe les candidats et les présente à la commission académique. Le classement des vœux n'est donc pas une formalité. Une famille qui place Balzac en premier sera jugée par Balzac, face aux candidats de Balzac.
Les chiffres que publie l'association de parents de la section anglophone de Balzac donnent la mesure de la concurrence. Pour la rentrée 2022, 270 candidats ont passé les tests de la section : 55 en sixième pour 20 admis, 150 en seconde pour 35 admis, les élèves de troisième de la section compris, et 30 en première pour un seul admis. Ce sont les seuls chiffres de ce type que j'aie trouvés, ils datent de 2022 et ne concernent qu'une section, mais ils disent bien où sont les places : en sixième et en seconde, presque nulle part ailleurs. La section britannique de Camille-Sée le confirme à sa manière : la seconde est le niveau qui ouvre le plus de places, et les meilleurs aux tests obtiennent en général leur premier choix.
Le recrutement est officiellement ouvert aux élèves qui n'habitent pas Paris. Les pages de l'académie précisent que le recrutement est inter-académique. Dans les faits, les places restent comptées, et un élève de banlieue concourt pour les mêmes places que les Parisiens.
Après la seconde : le BFI
La section internationale proprement dite s'arrête en fin de seconde. En première et en terminale, l'élève prépare le baccalauréat français international, qui a remplacé l'option internationale du bac (l'OIB) à la rentrée 2022 et compte à l'examen depuis la session 2024. Ses enseignements propres, connaissance du monde, approfondissement culturel et linguistique, discipline non linguistique, pèsent environ 40 % de la note finale. Le BFI accepte aussi en première des élèves qui n'étaient pas en section, sur les mêmes critères qu'en seconde ; en terminale, seuls les élèves qui suivaient déjà ce cursus et qui emménagent peuvent candidater, s'il reste de la place. Le choix entre ce diplôme et l'IB est traité dans BFI ou IB.
Les résultats des sections ne sont pas publiés à part. Le ministère publie ceux de chaque lycée, toutes classes confondues, ce qui donne un ordre d'idée sans isoler la section.
| Lycée | Réussite | Mentions | Valeur ajoutée (mentions) |
|---|---|---|---|
| Jean-de-La-Fontaine (16e) | 100 % | 85 % | +3 |
| Claude-Monet (13e) | 99 % | 85 % | +6 |
| Janson-de-Sailly (16e) | 98 % | 79 % | −2 |
| Montaigne (6e) | 96 % | 73 % | −3 |
| Honoré-de-Balzac (17e) | 97 % | 62 % | −1 |
| Camille-Sée (15e) | 94 % | 55 % | −8 |
| Maurice-Ravel (20e) | 95 % | 52 % | −9 |
| Jacques-Decour (9e) | 94 % | 50 % | −6 |
La scolarité est gratuite. Les associations de section financent une partie de ce que l'État ne couvre pas : à Balzac, l'association anglophone prend en charge les frais d'examen du BFI et une partie des examinateurs venus de l'étranger ; à Maurice-Ravel, les familles achètent les romans étudiés et paient les sorties. Comptez aussi avec les journées : l'association de Balzac parle de journées qui vont souvent de 8 heures à 17 h 30, avec environ huit heures de littérature et d'histoire-géographie dans la langue de la section en plus de l'horaire normal.
Ce que je regarde avant de conseiller une section
La langue d'abord, évidemment, mais à l'écrit plus qu'à l'oral. Les enfants qui ont vécu à l'étranger parlent souvent très bien et écrivent moins bien qu'ils ne le croient ; or l'écrit fait l'admissibilité. Ensuite les bulletins de français et d'histoire, qui comptent dans le dossier et annoncent la façon dont l'élève tiendra une double charge. Enfin la géographie de la carte : je préfère un collège dont la section continue au lycée dans la même langue, quitte à traverser Paris, plutôt qu'un collège pratique qui obligera à repasser les tests en troisième. Pour l'enfant dont l'écrit n'est pas encore à ce niveau, ou en candidature parallèle, les bilingues sous contrat comme Jeannine Manuel, l'EIB ou Sévigné recrutent autrement ; je les compare aux sections dans le guide des écoles bilingues à Paris.
Pour un élève qui arrive en cours d'année, le calendrier est souvent le vrai obstacle. La fenêtre de janvier à mars ne rouvre pas, et une candidature déposée en avril vaudra pour l'année suivante. Les sections britanniques acceptent en revanche que les candidats encore à l'étranger passent l'écrit sur place, sous la surveillance de leur établissement : c'est à demander dès le dépôt du dossier.
Choisir la section, classer les vœux dans le bon ordre, préparer un écrit de littérature et un oral de motivation dans une langue qu'on parle à la maison mais qu'on n'a jamais commentée : c'est un travail de plusieurs mois, et il commence bien avant la mi-janvier. Chez Carmine, nous le faisons avec les familles, du choix de l'établissement à la préparation des épreuves ; la page Entrée dans les écoles décrit cet accompagnement.