Le réseau des lycées français à l'étranger compte 640 établissements homologués dans 140 pays, et plus de 400 000 élèves, d'après l'AEFE. Deux élèves sur trois n'y sont pas français. Pour une famille qui part, ce chiffre rassure : il y aura un lycée français presque partout. Il cache pourtant ce qui compte pour elle, à savoir que ces 640 écoles n'ont ni le même statut, ni le même prix, ni les mêmes garanties.
Les pages détaillées du blog traitent chaque ville et chaque procédure. Celle-ci sert à prendre la décision d'ensemble, dans l'ordre où je la prends avec une famille : d'abord savoir ce qu'on achète, ensuite le prix réel sur toute la scolarité, puis le choix entre le réseau et une école internationale, enfin le retour.
Un réseau qui a changé de nature en dix ans
L'image que les familles ont en tête, celle d'un lycée géré par l'État avec des professeurs titulaires détachés de France, correspond à 68 établissements, ceux qu'on appelle « en gestion directe ». Le rapport d'information du Sénat sur l'enseignement français à l'étranger, publié en juillet 2026, décrit une autre réalité. Les établissements partenaires, écoles privées homologuées qui recrutent elles-mêmes leurs enseignants, représentent 62 % du réseau et scolarisent plus de la moitié des élèves. Toute la croissance récente vient d'eux : 142 nouvelles écoles homologuées et 330 extensions d'homologation, quand le réseau historique, selon l'AEFE elle-même citée par les sénateurs, n'a « pratiquement pas contribué » à la hausse des effectifs.
Le même rapport précise qu'en moyenne 80 % des élèves des établissements partenaires ne sont pas français. Pour une famille, la conséquence est simple. Dans une même ville, le « lycée français » peut être un établissement public au sens large, où la nationalité française donne une priorité, ou une école privée qui recrute d'abord une clientèle locale et applique ses propres règles. Je regarde donc le statut de chaque école dans l'annuaire de l'AEFE avant même de lire sa brochure ; le tableau des trois statuts et ce qu'ils changent à l'inscription est dans l'inscription dans un lycée français à l'étranger.
De 4 400 à 46 000 euros pour le même bac
Le Sénat donne la moyenne mondiale des droits de scolarité du réseau, 6 157 € par an à la rentrée 2024, et l'amplitude : de 71 € à Madagascar à 43 336 € aux États-Unis. Cette moyenne ne dit rien de ce que paiera une famille expatriée, parce que les villes où partent les cadres sont presque toutes dans le haut de la distribution. J'ai relevé les grilles 2026-2027 de neuf établissements, en seconde.
Le rapport de un à dix entre Casablanca et Manhattan, pour des élèves qui passeront les mêmes épreuves le même jour, est la première chose que je fais regarder à une famille qui enchaîne les mutations. D'après la répartition publiée par le Sénat pour 2024-2025, 55 % des établissements facturent moins de 5 000 €, et 16 % seulement plus de 10 000 €. Une famille qui a payé 8 000 € à Madrid et part pour Singapour ne change pas de catégorie de prix : elle triple sa facture.
Trois mécanismes de prix surprennent plus que le niveau lui-même. Plusieurs écoles appliquent un tarif selon la nationalité de l'enfant : à Casablanca, le lycée Lyautey facture 48 200 dirhams à un élève français et 60 700 aux autres ; à Bangkok, l'écart va de 20 à 26 %. Certaines écoles demandent un capital en plus de la scolarité, comme la French International School de Hong Kong, avec une debenture de 120 000 HKD pour une famille qui paie seule, soit environ 13 600 €. Et la trajectoire des prix a changé de pente, pour une raison budgétaire que l'encadré ci-dessous détaille. Quand je fais un budget avec une famille, je le fais sur toutes les années de lycée prévues, jamais sur l'année d'arrivée.
Exemple : la rentrée 2026 dans le réseau.
Après deux ans de baisse des subventions, 52 millions d'euros en tout selon le Sénat, le conseil d'administration de l'AEFE a voté en urgence en décembre 2025 une contribution supplémentaire des établissements. Elle s'est traduite à la rentrée 2026 par une hausse des frais de 7 % en moyenne dans les établissements en gestion directe et conventionnés, et jusqu'à 18 % dans certains. La part de cette contribution supportée par les établissements en gestion directe doit passer de 35 à 50 % en 2027 ; les sénateurs écrivent que la hausse « pourrait se poursuivre ».
Au baccalauréat 2026, le réseau a obtenu 98,8 % de réussite sur 23 223 candidats et 83,3 % de mentions, dont 27,3 % de mentions très bien, selon les chiffres de l'AEFE relayés par lepetitjournal.com.
Sources : Sénat, rapport d'information n° 829 sur l'enseignement français à l'étranger, 1er juillet 2026 ; AEFE.
Ce que l'homologation garantit, et ce qu'elle ne garantit pas
L'homologation est délivrée par le ministère de l'Éducation nationale, cycle par cycle, pour cinq ans renouvelables, selon le décret du 2 juillet 2025. Elle garantit trois choses dont une famille a besoin. L'élève suit les programmes français et passe les examens français. Il change d'école, dans le réseau ou en France, sans examen d'entrée. Et les familles françaises peuvent demander une bourse scolaire, qui n'est versée que pour une classe homologuée.
Elle ne garantit pas le reste, et c'est là que les familles se trompent le plus souvent. Elle ne couvre pas forcément toutes les classes d'une école : un collège peut ne pas être homologué quand le primaire l'est, comme sur le nouveau campus Jean-Mermoz South à Dubaï, que je signale dans les lycées français de Dubaï. Elle ne dit rien de la proportion d'enseignants titulaires. Elle ne promet pas que l'école ira jusqu'au bac. Et une école qui prépare au bac français n'est pas forcément homologuée : à Genève, plusieurs établissements privés ne le sont que pour la première et la terminale, et l'Institut Florimont n'apparaissait pas dans l'annuaire de l'AEFE quand je l'ai consulté, comme je l'explique dans le lycée français de Genève.
Les sénateurs ajoutent un point que les brochures ne mentionnent jamais. Le même inspecteur peut accompagner une école vers l'homologation puis contrôler qu'elle en remplit les critères, et le rapport évoque des « homologations trop rapides » au regard de la qualité pédagogique. Une école récente peut être excellente. Mais une homologation récente, dans un réseau qui a ajouté 142 écoles en quelques années, ne remplace pas une visite, les résultats au brevet et au bac de l'établissement, et une conversation avec des parents d'élèves de la classe visée.
Le réseau ou une école internationale : le critère qui fait basculer
La qualité départage rarement les deux options : dans la plupart des grandes villes, il existe un bon lycée français et une bonne école internationale. Ce qui fait basculer, c'est la suite. Selon l'AEFE, 53 % des bacheliers du réseau poursuivent leurs études en France, alors que deux élèves sur trois n'y sont pas français. Le réseau est construit pour ce retour, l'école internationale pour la mobilité.
Le réseau français l'emporte
- Retour en France probable avant ou après le bac, prépa ou Parcoursup en vue.
- Villes des affectations suivantes dotées d'un lycée français homologué jusqu'au bac.
- Enfant qui écrit déjà en français au niveau de sa classe.
L'école internationale l'emporte
- Mutations en chaîne vers des villes où le réseau s'arrête au primaire ou n'existe pas.
- Adolescent qui arrive sans français écrit, en quatrième ou plus tard.
- Projet post-bac au Royaume-Uni, aux États-Unis ou ailleurs, sans retour prévu.
Le cas de l'adolescent qui arrive sans français est celui où je suis le plus net. Sur les forums de parents anglophones expatriés, comme Mumsnet, le conseil qui revient est de ne pas placer un collégien ou un lycéen non francophone directement dans un lycée français, et les enseignants d'écoles internationales qui y répondent rappellent que leurs écoles sont faites pour des élèves qui restent deux ans puis repartent. Le réseau est d'ailleurs souvent fermé à ce profil en fin de lycée : plusieurs établissements n'admettent pas en première ni en terminale un élève qui ne vient pas du système français, comme le lycée Charles de Gaulle, dont je décris les règles dans l'inscription au lycée de Londres.
Quand les deux colonnes se remplissent, je cherche une école qui permet de choisir plus tard. À New York, c'est l'argument de la FASNY, où le bac et l'IB coexistent sous le même toit, comparée dans FASNY ou Lycée Français ; ailleurs, c'est souvent la section internationale du lycée français, qui mène au baccalauréat français international, le BFI. Le choix entre ce BFI et l'IB se fait vers quinze ans, et il engage la suite plus que le nom de l'école.
Les erreurs que je vois revenir d'une ville à l'autre
Confondre une école en langue française et un lycée homologué. Sur un fil d'expat.com consacré à Dubaï, un intervenant le rappelle à une mère qui arrive avec trois enfants : les écoles en langue française sont « des écoles privées avec quelques professeurs en langue française », le lycée français suit le programme de l'Éducation nationale. L'annuaire de l'AEFE règle la question en deux minutes. Le guide général de la ville, quelle école choisir à Dubaï, pose le même choix entre cursus.
Découvrir la mutation au printemps. Dans le même fil, la famille apprend son départ après les inscriptions d'automne et se retrouve sur liste d'attente dans plusieurs écoles françaises à la fois. Les écoles les plus demandées attribuent une bonne part de leurs places avant Noël. Je conseille à une famille dont le départ en septembre est probable de déposer dès l'automne, bulletins de l'année précédente à l'appui, sans attendre que la mutation soit signée ; un dossier se retire plus facilement qu'une place ne se retrouve.
Choisir l'école primaire sans regarder où elle s'arrête. À Londres, trois écoles homologuées seulement mènent au bac, et la plupart des autres s'arrêtent au CM2 : la famille choisit sans le savoir un second dossier à monter quelques années plus tard, ce que montre quelle école française à Londres.
Choisir le logement avant l'école. À Madrid, le lycée Molière est à Villanueva de la Cañada, hors de la ville, et le Lycée français fait choisir son campus dès le formulaire (voir le Lycée français de Madrid). Autour de Genève, l'adresse décide même du pays de scolarité.
Lire l'absence de date limite comme une absence de concurrence. Le Lycée Français de New York ne publie pas de date au-delà de la maternelle, mais ses places dépendent des départs, niveau par niveau ; son article détaille l'examen imposé aux élèves qui viennent d'une école non homologuée.
Supposer qu'il y aura un lycée français jusqu'au bac partout. À Bangkok, une seule école homologuée dépasse la maternelle, le LFIB, ce qui ramène tout le choix au parcours d'anglais et au test d'entrée décrits dans le lycée français de Bangkok.
Le retour se prépare dès l'aller
Un élève d'un lycée homologué candidate sur Parcoursup comme un élève de Lyon. Ce qui change, c'est la lecture de son dossier par des commissions qui ne connaissent pas son lycée, et la question du logement à dix-sept ans, seul, à des milliers de kilomètres. Pour une prépa, l'internat se demande avec le vœu, et sa disponibilité varie énormément d'une classe à l'autre : c'est la donnée que je regarde en premier dans entrer en prépa depuis un lycée français à l'étranger. Pour les écoles post-bac, les concours ont prévu presque tous une façon de composer à l'étranger, à l'heure de Paris ; les portes sont comparées dans une grande école depuis un lycée français à l'étranger.
Le moment du retour pèse autant que le dossier. Je déconseille de rentrer pour la terminale quand on peut l'éviter : les professeurs qui rempliront la fiche Avenir connaîtront l'élève depuis trois mois. Rentrer en seconde, ou finir le lycée dans le réseau, donne un dossier plus lisible. La logique de la plateforme et ses pièges pour les familles qui reviennent sont dans Parcoursup au retour d'expatriation.
Un dernier point, souvent oublié par les familles qui sortent du réseau en cours de route : une scolarité hors homologation, même dans une excellente école internationale, oblige au retour à passer par l'évaluation de l'établissement d'accueil, qui fixe la classe. C'est un argument de plus pour garder l'homologation sur les années qui précèdent un retour probable.
L'ordre dans lequel je prends ces décisions
D'abord la suite probable après le bac, même incertaine, parce qu'elle choisit entre réseau et école internationale. Ensuite le nombre de déménagements à venir et les villes possibles, vérifiées dans l'annuaire de l'AEFE, niveau par niveau. Puis le budget sur toute la scolarité, droits de première inscription, capital et hausses comprises. Enfin l'école, le dossier et le calendrier de la ville, qui ne se ressemblent jamais d'un pays à l'autre.
Chez Carmine, nous suivons une vingtaine de familles par an, souvent sur deux ou trois pays successifs : choix de l'école, calendriers d'inscription tenus en parallèle, préparation des tests de français et de mathématiques pour les enfants qui viennent d'un autre système. La page Entrée dans les écoles décrit cet accompagnement.