Beaucoup de familles écrivent d'abord à l'AEFE pour inscrire leur enfant. C'est une perte de temps : l'Agence pour l'enseignement français à l'étranger pilote le réseau, mais elle n'inscrit personne. Son site le dit simplement, il faut contacter directement l'établissement. Le réseau compte, à la rentrée 2026, 640 établissements dans 140 pays et plus de 400 000 élèves, dont un tiers de Français. Chaque école a son calendrier, ses formulaires et ses priorités, à l'intérieur d'un cadre commun que les familles connaissent mal.
Trois statuts, et ce qu'ils changent pour vous
Le mot « AEFE » recouvre trois situations très différentes. Le statut d'une école se lit dans l'annuaire de l'agence, avec les niveaux homologués, et il explique une bonne partie de ce que la famille va vivre.
| Gestion directe | Conventionné | Partenaire | |
|---|---|---|---|
| Qui gère | L'AEFE elle-même : l'école est un service de l'agence | Une association ou une fondation de droit local, liée à l'AEFE par une convention | Un organisme privé, lié par un accord de partenariat |
| Enseignants | Titulaires de l'Éducation nationale, payés par l'agence | Une partie de titulaires affectés par l'agence | Recrutés par l'école, non par l'AEFE |
| Tarifs | Arrêtés par la direction de l'AEFE, sur proposition de l'école | Fixés par l'organisme gestionnaire | Fixés par l'organisme gestionnaire |
Sources : AEFE, « Les établissements d'enseignement français en réseau » ; règlement financier du Lycée Charles de Gaulle de Londres pour la fixation des tarifs en gestion directe.
Une école partenaire ne reçoit pas d'enseignants payés par l'agence, et cela se retrouve sur la facture. À Londres, le Good Schools Guide le relève pour le lycée Winston-Churchill, et l'écart va de 12 557 £ au collège du lycée en gestion directe à plus de 30 000 £ dans certaines partenaires : le détail est dans quelle école française à Londres.
Un point mérite d'être vérifié avant tout : l'homologation peut ne couvrir qu'une partie des classes. Une école homologuée de la moyenne section au CM2 ne l'est pas en petite section. Ce détail compte pour la bourse et pour la suite du parcours.
Qui passe en premier
L'AEFE écrit que beaucoup d'établissements tiennent une liste d'attente, où seuls les dossiers complets sont instruits, avec une priorité, « dans la limite des places disponibles », aux élèves de nationalité française qui viennent d'une école publique ou sous contrat en France, ou d'une école homologuée. Elle cite ensuite la fratrie, l'âge et le dossier scolaire. En 2015, la cour administrative d'appel de Versailles a rappelé que, dans les établissements en gestion directe et conventionnés, les élèves français sont prioritaires sur les élèves étrangers.
Chaque école traduit ce cadre à sa façon, et c'est là qu'on se trompe. Certaines classent par date de dépôt : s'inscrire tôt y fait gagner des places. D'autres départagent par tirage au sort, et la date ne compte plus. Le Lycée Charles de Gaulle de Londres, par exemple, ne mentionne même pas la nationalité dans ses critères : il range les enfants selon l'école d'où ils viennent, puis tire une date au sort et retient les enfants nés le plus près de cette date (j'en détaille le fonctionnement dans l'article sur le lycée de Londres). Avant de remplir le moindre formulaire, je lis toujours le document de critères de l'école visée, pas la page générale de l'agence.
Le test, et ce qu'il a le droit de décider
Un enfant français qui vient d'une école homologuée ou d'une école publique en France n'a pas à passer d'examen d'admission. Une note adressée par l'AEFE aux chefs d'établissement en février 2023 le rappelle en des termes nets : la scolarité des élèves français ne peut être subordonnée à la réussite d'un test, et pour ceux qui viennent d'une école non homologuée, le test ne peut servir qu'à fixer la classe d'accueil, pas à décider de l'admission. Il ne crée pas de place là où il n'y en a pas : la priorité s'exerce toujours dans la limite des places.
Pour un enfant qui sort d'un système étranger, en revanche, l'évaluation est la règle. L'agence précise qu'il n'existe pas d'annales et qu'en maternelle il s'agit d'activités ludiques. Au collège et au lycée, à Londres comme à New York, il s'agit d'un écrit de français et de mathématiques, et certaines écoles ferment l'entrée en première et en terminale aux élèves qui ne viennent pas du système français. En maths, ce qui manque le plus souvent à ces élèves, c'est la rédaction en français, le calcul sans calculatrice et l'habitude de justifier. Le cas d'un examen de ce type est décrit pour le Lycée Français de New York.
Le CNED sert de pont dans les deux sens. Ses décisions de passage valent dans n'importe quel établissement français, en France ou à l'étranger, et plusieurs écoles classent ses élèves avant ceux qui viennent d'un système local.
Les frais, et ceux qu'on ne récupère pas
Trois lignes reviennent partout : les droits de première inscription, payés une seule fois, les droits annuels d'inscription, et la scolarité. L'AEFE ne publie ni moyenne ni fourchette ; elle se contente d'écrire que les frais varient selon les pays et les établissements. J'ai relevé les grilles 2026-2027 de neuf lycées français pour la classe de seconde, de 4 400 € à Casablanca à 46 000 € à New York : elles sont dans le guide des lycées français à l'étranger. Ils sont fixés pour l'année et ne bougent pas en cours d'année, sauf crise monétaire.
Les droits de première inscription sont le poste qui surprend. Ils doivent souvent être réglés dans les jours qui suivent l'offre, avant toute arrivée, et ils ne sont souvent ni remboursables ni reportables. À Londres, ils atteignent 1 800 £ et sont perdus si l'enfant n'arrive pas à la date fixée par l'école. La même note de 2023 rappelle d'ailleurs que l'inscription ne doit pas être conditionnée au paiement préalable de la scolarité, mais que les droits d'inscription, eux, sont perçus en début d'année.
La bourse scolaire, une procédure à part
Les bourses de l'État ne passent pas par l'école. Elles se demandent au consulat, ou sur la plateforme Scolaide, et elles sont examinées indépendamment de l'inscription. Les conditions sont cumulatives : enfant de nationalité française, famille inscrite au registre des Français établis hors de France, enfant vivant avec au moins un parent dans le pays, scolarité dans une classe homologuée, et aucune allocation familiale perçue en France.
Le calcul part d'un quotient familial, net des frais de scolarité et corrigé du coût de la vie de la ville. Sous 3 000 €, la bourse théorique couvre tout ; elle décroît ensuite jusqu'à 23 000 €, seuil au-delà duquel la famille n'est plus éligible. Le patrimoine pèse autant que les revenus : selon le poste, l'exclusion intervient à partir de 50 000 ou 100 000 € d'épargne, et de 150 000 à 300 000 € de patrimoine immobilier, où qu'il se trouve, appartement en France compris. La bourse est versée à l'école, qui la déduit de la facture, et elle se redemande chaque année.
Exemple : la campagne 2026-2027.
Pour les pays du rythme nord, la campagne a été lancée en janvier 2026, avec un premier conseil consulaire en avril et une commission nationale en juin. Une seconde période, de juillet à septembre, sert aux familles arrivées après la clôture, avec un conseil consulaire en octobre et une commission nationale en décembre. Pour le rythme sud, le lancement a lieu en juillet.
Pour la campagne précédente, la commission nationale de décembre 2025 a validé 18 578 bourses pour 89,3 millions d'euros dans les pays du rythme nord.
Sources : instruction de l'AEFE sur les bourses scolaires du 16 janvier 2026 ; France Diplomatie.
Ce que les familles découvrent trop tard
Les récits des forums d'expatriés se ressemblent d'une ville à l'autre. Sur expat.com, des parents arrivant à Singapour sans place en grande section racontent avoir mis leur enfant un an dans une école locale ou américaine, puis l'avoir fait entrer au lycée français en CP, et conseillent de se loger près de l'école pour garder un entourage francophone. À Londres, des familles disent s'inscrire sur plusieurs listes à la fois, parfois des années avant l'entrée. Lepetitjournal.com rappelle de son côté qu'une première demande de bourse passe en général par un rendez-vous au service des bourses du consulat, à prendre tôt.
S'ajoutent des pièges plus techniques, que je vois revenir. La classe dépend de l'année civile de naissance, pas de la rentrée de septembre comme dans les pays anglo-saxons. Dans certaines écoles, un parent qui ne signe pas le dossier en ligne dans le délai le fait annuler. Le titre de séjour de l'enfant conditionne la rentrée. Et une offre de place obtenue dans une école partenaire n'ouvre pas automatiquement la porte du lycée en gestion directe de la même ville, même quand les deux échangent des élèves chaque année.
Pour la famille qui rentrera un jour en France, l'homologation garde aussi la porte du retour : passage sans examen dans une école publique, notes lisibles par Parcoursup, avec les limites décrites dans Parcoursup en retour d'expatriation.
Ce que je fais avec une famille, c'est d'abord situer l'enfant dans les critères de chaque école possible, puis caler les calendriers de l'inscription, de la bourse et du déménagement, qui ne se recoupent presque jamais. Chez Carmine, nous suivons une vingtaine de familles par an, du choix de l'école à la préparation du test d'entrée ; la page Entrée dans les écoles décrit cet accompagnement.