Le Lycée français de Madrid, le LFM, est l'un des plus gros établissements du réseau français dans le monde : plus de 4 300 élèves, environ 300 enseignants, et cent quarante ans de présence dans la ville. C'est un établissement en gestion directe de l'AEFE, ce qui veut dire que l'agence le gère elle-même et que ses tarifs sont arrêtés par elle. Le chiffre qui surprend les familles qui arrivent de Paris est ailleurs. D'après l'école, la moitié seulement de ses élèves sont français, binationaux compris. 41 % sont espagnols.
Cela change la façon de lire l'admission. Les places ne se disputent pas seulement entre expatriés de passage : les familles madrilènes sont presque aussi nombreuses que les françaises, et elles ne repartent pas au bout de trois ans. Ce sont les départs qui libèrent des places en cours de scolarité, et une école dont une grande partie des familles est installée pour de bon en libère moins.
Conde de Orgaz ou La Moraleja
Le LFM a deux campus et un seul dossier d'inscription, mais l'école est très claire sur un point : on ne candidate que sur un site. Le choix se fait dès le formulaire.
Conde de Orgaz, Plaza del Liceo
- De la toute petite section, dès 2 ans, à la terminale.
- Dix classes par niveau à l'élémentaire et au collège.
- Onze classes par niveau au lycée, soit 33 classes de la seconde à la terminale.
La Moraleja, Camino Ancho (Alcobendas)
- L'école annexe Saint-Exupéry, de la toute petite section à la troisième.
- Trois classes de maternelle, dix classes d'élémentaire en tout.
- Deux classes par niveau au collège, et pas de lycée.
La Moraleja attire les familles installées au nord, du côté d'Alcobendas et de la zone résidentielle qui porte son nom. C'est un petit site, et la petite taille joue dans les deux sens : une ambiance plus familiale, que décrivent les parents qui l'ont choisie, mais très peu de places à chaque niveau. Un enfant qui y fait son collège passe ensuite à Conde de Orgaz pour la seconde.
Ce que coûte une année, en 2026-2027
Comparé aux écoles internationales de Madrid, le LFM reste bon marché, et c'est l'une des raisons de la pression sur les places. Face aux autres lycées français du réseau aussi : parmi les neuf dont j'ai comparé la seconde dans le guide des lycées français à l'étranger, seul Lyautey, à Casablanca, coûte moins cher. Les montants qui suivent sont ceux de la grille publiée par l'école pour 2026-2027.
| Niveau | Scolarité annuelle | Droits de première inscription | Cantine, 5 repas par semaine |
|---|---|---|---|
| Maternelle | 7 258 € | 1 604 € | 1 285 € |
| Élémentaire | 6 690 € | 1 604 € | 1 300 € |
| Collège | 7 817 € | 1 785 € | 1 300 € |
| Lycée | 8 306 € | 1 785 € | 1 084 € |
Un élève qui entre en seconde coûte donc 11 175 € la première année, cantine comprise, puis un peu moins de 9 400 € les années suivantes. La scolarité se paie en trois fois, et le premier trimestre, de septembre à décembre, est le plus lourd. Les fratries ne sont aidées qu'à partir du troisième enfant, avec 10 % de remise, puis 50 % dès le quatrième. Le car scolaire n'est pas facturé par l'école : il est organisé par l'association des parents, l'APA, qui publie ses propres tarifs.
Les droits de première inscription ne se récupèrent pas. L'école l'écrit en toutes lettres : ils restent acquis en cas de désistement. Une famille qui tient deux options ouvertes jusqu'à l'été paie donc pour garder la place.
La procédure, étape par étape
Tout passe par une plateforme en ligne, pour les deux campus. Le dossier se remplit en six étapes, la scolarité actuelle de l'enfant, le niveau et le site demandés, les deux responsables légaux, les pièces justificatives, puis la validation. Deux détails font perdre du temps. Les deux parents doivent signer électroniquement, et une fois le dossier envoyé, il n'est plus modifiable. Une erreur de niveau ou de site se paie cher.
La réponse arrive par courriel, puis la famille règle les droits de première inscription dans le délai indiqué. L'affectation dans une classe reste soumise à une évaluation de l'élève, ce qui concerne surtout les enfants qui viennent d'un système étranger.
Le LFM ne publie ni ses critères de priorité, ni le nombre de places, ni l'existence d'une liste d'attente. Les règles générales du réseau s'appliquent, et je les détaille dans l'article sur l'inscription dans un lycée français à l'étranger : pour une école en gestion directe, l'élève français qui vient d'une école homologuée passe avant les autres, dans la limite des places. Un père français installé à Madrid, qui tient un blog sur la vie d'expatrié, rapporte que la fratrie et la nationalité française pèsent dans la sélection, et qu'une liste d'attente peut être ouverte pour certains niveaux, surtout en petite section.
Exemple : la campagne pour la rentrée 2027.
La plateforme de préinscription a ouvert à l'automne 2026. Les portes ouvertes ont lieu le samedi 14 novembre 2026 de 10 h à 13 h à La Moraleja, et le samedi 28 novembre à Conde de Orgaz, avec une présentation en espagnol à 10 h et une autre en français à 11 h. Les tarifs 2027-2028 seront publiés à partir de janvier 2027.
Pour situer la classe d'entrée, l'école publie une table par année de naissance : en 2027-2028, un enfant né en 2012 entre en seconde, un enfant né en 2016 en sixième, un enfant né en 2024 en petite section.
L'ordre des présentations aux portes ouvertes en dit long, d'ailleurs. L'espagnol passe en premier.
Le cursus espagnol, et le BFI
Le LFM est homologué par l'Éducation nationale française et reconnu par le ministère espagnol, et la loi espagnole l'oblige à enseigner la langue et la littérature espagnoles et l'histoire-géographie de l'Espagne. Au collège, cela représente quatre heures d'espagnol et une heure à une heure et demie d'histoire-géographie espagnole chaque semaine. Rien d'optionnel ici.
Au lycée, l'école propose en seconde une section internationale espagnole et une section européenne, puis, en première et en terminale, le baccalauréat français international, le BFI, en parcours trilingue ou quadrilingue avec l'italien ou l'allemand. Si votre enfant hésite entre ce BFI et un IB dans une école internationale de la ville, les critères sont dans BFI ou IB. À la fin de la seconde, l'élève peut demander l'homologation de son parcours au titre espagnol de Graduado en ESO, et après le bac, au titre de Bachiller.
Après le bac, l'Espagne d'abord
Selon l'école, 53,4 % de ses bacheliers poursuivent leurs études en Espagne, 35 % en France et 11,6 % ailleurs. Au dernier bac, 99,7 % des candidats ont été reçus et 48 % ont eu une mention très bien.
Pour une université espagnole, un bachelier français ne passe pas la PAU, l'examen d'entrée des lycéens espagnols, l'ancienne EvAU. Il demande à l'UNED, l'université nationale à distance, une accréditation UNEDasiss : elle convertit sa note de bac en une note d'accès sur 10, selon un barème fixé par un arrêté ministériel de mai 2025. Pour les cursus sélectifs, les universités publiques classent sur 14. Les quatre points restants se gagnent de deux façons, en passant les épreuves PCE de l'UNED dans les matières que pondère l'université visée, ou par la reconnaissance de matières déjà évaluées au bac, quand l'université l'accepte. D'après l'UNED, les universités publiques de Madrid admettent cette reconnaissance pour les matières passées à un examen externe.
En clair, la spécialité choisie en première pèse sur l'admission à Madrid autant que la moyenne. Un élève qui vise une filière sélective à la Complutense ou à Carlos III doit regarder les tables de pondération de l'université dès la fin de seconde, pas au printemps de terminale. Pour un retour en France, le parcours ressemble à celui de tout lycée du réseau, et la question d'une prépa est traitée dans la prépa depuis un lycée français à l'étranger.
Les autres écoles françaises de Madrid
L'annuaire de l'AEFE recense à Madrid, en plus du LFM et de son annexe Saint-Exupéry, quatre établissements partenaires. Ce sont des écoles privées homologuées, sans enseignants payés par l'agence, et toutes ne vont pas jusqu'au bac.
- Le Lycée français international Molière, à Villanueva de la Cañada, à l'ouest de la ville, géré par la Mission laïque française. De la crèche au bac, avec un enseignement trilingue français, espagnol, anglais. En 2026-2027, le lycée coûte 7 560 € par an, avec 1 290 € de droits de première inscription, et l'école accorde 15 % de remise aux familles qui habitent la commune.
- L'École Saint-Louis des Français, à Pozuelo de Alarcón, catholique et trilingue. Elle est homologuée de la petite section à la troisième, le collège depuis juin 2024. Ensuite, les élèves préparent le Bachillerato espagnol, le Bachibac ou un double diplôme américain, pas le bac français.
- L'Union chrétienne de Saint-Chaumond, école catholique partenaire, dont les niveaux homologués se vérifient dans l'annuaire de l'agence.
- Pomme d'Api, une école maternelle.
Pour une famille française qui veut le bac jusqu'au bout, le choix se joue donc entre le LFM et Molière. Le second coûte un peu moins cher et il est plus petit, mais il se trouve hors de la ville, à l'ouest, ce qui pèse sur le choix du logement autant que sur celui de l'école.
Ce que je regarde avec une famille
D'abord la durée du séjour. Une famille qui restera trois ans n'a pas les mêmes priorités qu'une famille qui s'installe et dont l'enfant fera peut-être ses études en Espagne : pour la seconde, la section espagnole, le BFI et les épreuves PCE se préparent ensemble. Ensuite le site, parce qu'on n'en demande qu'un. Enfin le niveau en français écrit et en mathématiques d'un enfant qui arrive d'un autre système, qui décide de la classe où il sera placé.
Chez Carmine, nous suivons une vingtaine de familles par an. Pour Madrid, cela veut dire choisir entre les écoles, tenir le calendrier du dossier et préparer l'évaluation d'entrée ; la page Entrée dans les écoles décrit comment nous travaillons.