Entrer à Henri-IV ou à Louis-le-Grand en seconde : la procédure réelle

Le lycée Henri-IV rue Clovis, avec la tour Clovis et le dôme du Panthéon
Le lycée Henri-IV, rue Clovis, avec la tour Clovis et le dôme du Panthéon. Photo Guilhem Vellut, Wikimedia Commons, CC BY 2.0.

Beaucoup de parents imaginent encore une commission de professeurs qui lit les dossiers, pèse la lettre de motivation et repère l'élève brillant. Pour un collégien parisien, cette commission n'existe plus depuis la rentrée 2022 : c'est le barème Affelnet, le logiciel d'affectation de l'académie, qui classe les candidats. Un élève qui vit hors de Paris, ou qui fait sa troisième ailleurs qu'à Paris, suit le chemin inverse : il dépose un vrai dossier, lu par les lycées. Deux procédures, deux logiques, et le choix ne vous appartient pas : il dépend de l'adresse et du collège.

Qui passe par où

Domicilié à Paris et en 3e dans un collège parisien

  • Vœux sur Affelnet, en mai, Henri-IV et Louis-le-Grand obligatoirement en vœux 1 et 2.
  • Classement au barème : notes de 3e, bonus boursier, bonus lié au collège.
  • Pas de lettre, pas d'avis du principal, pas de dossier.
  • Élève d'un collège privé sous contrat parisien : en plus, un dossier d'affectation à déposer avant le 1er juin.

Tous les autres

  • Dossier sur la plateforme des cursus spécifiques de l'académie, de mi-janvier à début avril.
  • Bulletins de 4e et de 3e, fiche d'avis du chef d'établissement d'origine.
  • Critères : excellence scolaire, engagement dans et hors de l'établissement, motivation, statut de boursier.
  • Puis les mêmes vœux sur Affelnet en mai, en tête de liste.
D'après la page « Henri IV et Louis-Le-Grand » de l'académie de Paris, version publiée pour la rentrée 2026.

Pour un Parisien, tout se joue sur les notes de troisième

Henri-IV et Louis-le-Grand sont classés en secteur 1 pour tous les collégiens parisiens. Chaque vœu reçoit donc le même bonus de secteur, 32 640 points, quelle que soit l'adresse : habiter rue Clovis ne donne aucun avantage. Ce qui départage, ce sont les résultats scolaires de troisième, plafonnés à 9 600 points, le bonus de 600 points pour un boursier, et un bonus lié à l'indice de position sociale du collège. Les bulletins de quatrième ne comptent pas. Le brevet non plus.

Le détail a été étudié après la première année : par deux chercheurs de l'Institut des politiques publiques, Pauline Charousset et Julien Grenet, à partir des données de l'académie, puis par Marion Oury pour la Fondapol, à partir de fiches-barèmes que des familles avaient obtenues du rectorat. J'en retiens trois constats.

Trois constats sur le barème parisien
1
Au-dessus de 15, tout se vaut
La conversion des moyennes en points ne distingue pas un 15 d'un 20 dans une matière. La Fondapol a appelé cela la règle « 15 = 20 ». Un élève à 19 de moyenne n'a pas d'avance sur un élève à 16 qui ne descend jamais sous 15.
2
Une seule note sous 15 peut coûter la place
En 2022, sur 344 admis parisiens, 234 avaient le barème maximal. Pour un élève non boursier d'un collège favorisé, le seuil était si haut qu'un trimestre sous 15 en EPS suffisait à le faire tomber en dessous.
3
On concourt contre les élèves de collèges comparables
À la réforme, les places ont été réparties entre collèges à indice social fort, moyen et faible. Un élève d'un collège à indice fort est classé parmi des élèves qui ont presque tous des notes au plafond.
D'après la note n° 89 de l'Institut des politiques publiques (février 2023) et l'étude de la Fondapol « La réforme Affelnet à Paris » (octobre 2023), sur la rentrée 2022.

D'où une stratégie qui surprend les familles : en troisième, pour viser ces deux lycées depuis Paris, il vaut mieux être régulier partout au-dessus de 15 que brillant dans trois matières et moyen en arts plastiques. L'EPS, la musique, la technologie pèsent autant qu'on le dit rarement. Les pages de l'académie pour la rentrée 2026 décrivent toujours ce barème : résultats de troisième, bonus boursier, bonus IPS.

Les effets sociaux ont été mesurés. Selon l'IPP, la part de boursiers parmi les élèves parisiens admis est passée de 8 à 14 % à Henri-IV et de 8 à 22 % à Louis-le-Grand. À Henri-IV, la part des admis venus de collèges à indice fort est tombée de 60 à 47 %, notamment parce que moins d'élèves du collège Henri-IV y entrent. Le collège Henri-IV, d'ailleurs, est un collège de secteur : y être inscrit ne donne aucun droit au lycée.

Pour les autres, un vrai dossier

Un élève qui vit en banlieue, en province ou à l'étranger, un élève parisien inscrit hors de Paris, un élève d'un établissement hors contrat : tous déposent un dossier en ligne. Les bulletins de quatrième y figurent, avec ceux des deux premiers trimestres de troisième (le second étant facultatif pour la seconde), et une fiche remplie par le chef de l'établissement d'origine. Les élèves du hors contrat passent en plus des tests. Les critères publiés ne se limitent pas aux notes : l'académie cite l'engagement dans et hors de l'établissement et la motivation. C'est donc la seule voie où ce que l'élève fait en dehors de la classe a une place.

Le même dossier sert pour les deux lycées, classés par ordre de préférence, et pour d'autres cursus spécifiques, jusqu'à dix vœux : sections internationales, orientales, binationales. Henri-IV et Louis-le-Grand doivent alors rester en vœux 1 et 2. En 2022, l'IPP comptait 2 935 dossiers déposés pour les deux lycées, dont 1 255 venus de l'extérieur de l'académie. Et une précaution que l'académie écrit noir sur blanc : un élève qui n'habite pas Paris doit, en parallèle, demander un lycée dans son département. En cas de refus, Paris ne lui proposera rien d'autre.

Exemple : la campagne pour la rentrée 2026.

Plateforme des cursus spécifiques ouverte le 12 janvier 2026. Dossiers de seconde finalisés au plus tard le 7 avril 2026, à midi selon le lycée Henri-IV (l'infographie académique indiquait le 3 avril : retenez toujours la date la plus proche). Sections internationales : clôture dès le 10 mars.

Élèves de collèges privés parisiens : dossier d'affectation dans le public à déposer entre la mi-mai et le 1er juin 2026. Vœux Affelnet pour tous du 4 au 26 mai 2026. Résultats le 30 juin, inscription dans les jours qui suivent, sous peine de perdre la place.

Section européenne anglais-mathématiques d'Henri-IV et sections de Louis-le-Grand : dossier fin juin ou début juillet, une fois l'affectation connue. À Louis-le-Grand, les dossiers retenus passent un oral de trente minutes.

La porte qu'on oublie : la première

Pour l'entrée en première et en terminale, il n'y a plus deux procédures mais une seule. Parisiens compris, tous les candidats déposent un dossier sur la même plateforme, jugé selon les mêmes critères que les candidats extérieurs, dans la limite des places vacantes, avec une date limite fin avril. Le barème Affelnet ne s'applique pas.

Les effectifs publiés par le ministère avec les résultats du bac 2025 donnent une idée de cette porte. Louis-le-Grand comptait 253 élèves en seconde et 312 en première ; Henri-IV, 250 et 280. Ce ne sont pas les mêmes promotions, mais un écart de cette taille ne s'explique pas sans des entrées en première. Pour un très bon élève parisien que le barème a écarté en troisième, une seconde réussie ailleurs, avec des appréciations qui le distinguent, rouvre la question l'année suivante.

Ce que racontent les familles

Sur les forums, depuis 2022, revient la même incompréhension : des élèves autour de 18 de moyenne refusés, des parents qui cherchent la faute dans le dossier alors qu'il n'y a pas eu de dossier. Un fil d'OpenClassrooms rassemble plusieurs de ces témoignages. Avant la réforme déjà, sur le forum des élèves de Louis-le-Grand, des parents découvraient qu'un avis favorable du lycée ne garantissait rien ; un message y rapportait, d'après le lycée, 300 avis favorables pour environ 260 places. Le ressenti a changé de cause, pas de forme : à ce niveau, la sélection se joue sur des écarts minuscules.

Sur la vie dans ces lycées, les avis d'élèves sont plus nuancés que la légende. À Louis-le-Grand, les mots « exigeant et bienveillant » reviennent souvent, l'entraide aussi ; à Henri-IV, les avis oscillent entre « ambiance incroyable » et pression mal vécue, selon les classes. Un point les rassemble : un élève habitué à être premier peut s'y retrouver dans la moyenne, et il faut qu'il le supporte.

Les alternatives au même niveau

Je conseille toujours de construire la liste avant de connaître le résultat, parce que les calendriers ne s'attendent pas. Stanislas lit ses dossiers dès réception, à l'automne de la troisième, bien avant la décision d'Affelnet ; Franklin ouvre ses dossiers de seconde mi-septembre ; l'École alsacienne ferme sa campagne début janvier. Une famille qui attend le 30 juin pour réfléchir à Stanislas arrive avec dix mois de retard. Les procédures de ces maisons sont détaillées dans Entrer à Stanislas et Entrer à Franklin.

Dans le public parisien, Lavoisier, Fénelon et Charlemagne ont des résultats proches et passent par le barème de secteur ordinaire. Les sections internationales se demandent sur la même plateforme et ajoutent un test de langue en mars : pour un élève bilingue, c'est souvent la voie la plus ouverte. Et pour un élève qui vise une grande prépa, la question du lycée se pose autrement : les données Parcoursup, que j'ai analysées dans Quel lycée pour entrer en prépa, montrent qu'un élève en tête de sa classe dans un bon lycée a sa place dans les grandes classes préparatoires.

Chez Carmine, c'est par là que nous commençons avec une famille : savoir quelle procédure s'applique à l'enfant, construire une liste qui tienne si Henri-IV et Louis-le-Grand disent non, et tenir les dates de chacun, de septembre à juin. Quand le dossier est lu par des professeurs, première comprise, nous le préparons avec l'élève. La page Entrée dans les écoles décrit cet accompagnement.

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Henri-IV, Louis-le-Grand, et le plan B

Quelle procédure s'applique à votre enfant, quelle liste tient si la réponse est non, et le dossier quand il est lu par des professeurs.

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