Pourquoi faire apprendre le chinois à son enfant ? Le choix de l'élite

Un homme trace des caractères chinois à l'eau sur les dalles du parc Jingshan, à Pékin
Calligraphie à l'eau dans le parc Jingshan, à Pékin. Le caractère sèche en quelques minutes, et l'on recommence. Photo Brian Jeffery Beggerly, Wikimedia Commons, CC BY 2.0.

Quand je lis un dossier d'élève pour une école sélective, une prépa ou une université étrangère, la ligne des langues ressemble presque toujours à toutes les autres : anglais, espagnol, parfois allemand. Elle ne dit rien de l'élève. Le chinois, lui, se remarque immédiatement. Il apporte un vrai caractère différenciant, que les jurys d'admission et les établissements d'élite savent lire, à condition qu'il soit construit sur plusieurs années.

C'est pour cette raison que je le conseille aux familles qui visent les meilleurs parcours. Les débouchés en Chine viennent bien après.

Dans une pile de dossiers, les langues ne distinguent plus personne

Les chiffres de la DEPP, le service statistique de l'Éducation nationale, montrent à quel point les profils se ressemblent. À la rentrée 2024, la quasi-totalité des élèves étudiaient l'anglais, 57,5 % des collégiens l'espagnol, et les trois quarts des lycéens de la voie générale et technologique aussi. Le chinois, dans cette même voie, concernait 10 900 lycéens en première ou deuxième langue et 7 950 en troisième langue.

Ce qu'un lecteur de dossier voit passer

Le profil courant

  • Anglais en première langue, comme presque tout le monde.
  • Espagnol en deuxième langue, comme les trois quarts des lycéens.
  • Une ligne de langues qui ne distingue pas l'élève.

Le profil avec du chinois

  • Une langue étudiée par moins de 19 000 lycéens en France.
  • Plusieurs années d'un travail exigeant, visibles sur les bulletins.
  • Un niveau HSK, quand l’élève l’a passé, mesuré par un examen officiel.
Lycéens de la voie générale et technologique, rentrée 2024. Source : DEPP, Note d'information n° 25.35, juin 2025.

Les parcours d'élite le regardent déjà

Il suffit de regarder où le chinois est enseigné à Paris pour comprendre qu'il appartient aux parcours d'élite. Louis-le-Grand et Janson-de-Sailly ont chacun une section de langue orientale de chinois, avec un recrutement spécifique. Janson-de-Sailly accueille aussi une section internationale chinoise, du collège au lycée, où les mathématiques sont enseignées en chinois. L'École Jeannine Manuel enseigne le mandarin à tous ses élèves dès le CE2. Le détail de ces parcours, et la façon d'y entrer, est dans l'article sur le chinois au collège à Paris.

Pour une admission sélective, en France comme à l'étranger, le chinois pèse ensuite de deux façons. Par la régularité qu'il démontre, sur des bulletins qui couvrent plusieurs années. Et par une mesure extérieure : le HSK, l'examen officiel de chinois, qui situe le niveau de l'élève sur une échelle reconnue, indépendamment de sa note en classe. C'est ce que je vois dans les dossiers que j'accompagne : un élève qui présente plusieurs années de chinois et un niveau HSK attesté a une ligne que personne d'autre n'a dans la pile.

Ce que la différence signale

Un jury ne retient pas le chinois pour son exotisme. Il y lit des qualités que la langue oblige à construire, et que l'on retrouve ensuite dans tout le travail de l'élève.

Quatre qualités que le chinois oblige à construire
土
Le soin
土, la terre, et 士, le lettré, ne diffèrent que par la longueur d'un trait : le plus long en bas pour l'un, en haut pour l'autre. Un trait bâclé change le mot. L'élève apprend que l'à-peu-près ne passe pas.
氵
L'abstraction du symbole
Les trois gouttes de 氵 signalent l'eau, et on les retrouve dans 河, la rivière, 湖, le lac, 海, la mer. L'enfant apprend à lire un signe comme une idée qui se combine, exactement ce que les maths lui demanderont avec les lettres.
马
La persévérance
妈 mā, la mère, 马 mǎ, le cheval, 骂 mà, gronder : même syllabe, ton différent, sens différent. Rien ne s'acquiert sans répétition, et l'élève découvre qu'il progresse quand même, à condition d'y revenir chaque jour.
变
L'adaptabilité
Une autre écriture, une autre grammaire, d'autres repères culturels. L'enfant qui s'y fait apprend à entrer dans un système qui n'est pas le sien, ce qu'il refera en prépa, à l'étranger ou dans un nouveau métier.

Ce sont les qualités que recherchent les écoles sélectives et les classes préparatoires. Je les retrouve chez les élèves qui ont fait plusieurs années de chinois, et elles se voient d'abord ailleurs qu'en chinois : dans la tenue d'une copie de maths, dans la patience face à un exercice long, dans la façon d'aborder un chapitre nouveau sans paniquer.

La condition : commencer tôt et tenir

La différence ne vaut que si elle est construite. Un chinois abandonné en cours de route ne distingue rien, il raconte même l'inverse de ce qu'on voudrait. Les chiffres de la DEPP montrent où se situe le risque. En troisième langue au lycée, le chinois s'est effondré : 7 950 élèves en 2024 contre 14 100 en 2020. Depuis la réforme du bac, une troisième langue n'est plus qu'une option facultative, qui s'ajoute aux spécialités, et beaucoup d'élèves y renoncent. En première ou deuxième langue, à l'inverse, le chinois progresse : 10 900 élèves contre 9 500.

Le chinois qui distingue un dossier est donc celui qu'on commence au plus tard au collège, en deuxième langue, et qu'on poursuit jusqu'au bac. Commencé en seconde comme une option de plus, il est souvent le premier sacrifié quand la terminale se charge.

Une pièce d'un parcours construit

Le chinois distingue un dossier, mais il ne le porte pas seul. Il prend toute sa valeur quand il s'inscrit dans un parcours pensé à l'avance : le bon collège, éventuellement une section sélective, des maths solides, des spécialités cohérentes au lycée, puis un dossier qui raconte une histoire lisible. C'est ce que nous construisons avec les familles chez Carmine, du choix de l'école et de son entrée jusqu'aux admissions post-bac. Et parce que les maths restent ce qui départage les dossiers ambitieux, nous les travaillons aussi en cours particuliers.

Commencer à la maison

Beaucoup de familles n'ont pas de collège proposant le chinois à portée, ou veulent que l'enfant prenne de l'avance avant la sixième, ce qui l'aidera aussi s'il vise une section sélective. C'est pour elles que nous avons conçu Xiaomo, notre application de chinois : une séance courte par jour, une histoire suivie d'une séance à l'autre, et chaque caractère tracé au doigt, parce que c'est là que se construit le soin dont je parlais plus haut. Les niveaux HSK 1 et 2 sont complets, elle est en accès libre et sans inscription. Vous la trouverez dans nos ressources.

Un conseil, pour finir : un quart d'heure chaque jour vaut mieux qu'une heure le dimanche. Le chinois récompense la régularité plus qu'aucune autre matière que je connaisse.

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Le chinois dans le parcours de votre enfant ? Il distingue un dossier s’il est construit sur plusieurs années.

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