Le Bachelor of Science de l'École polytechnique est une licence en trois ans, enseignée en anglais, qui confère le grade de licence. Il recrute dès le bac, sur dossier et entretien. Ce n'est pas un raccourci vers le cycle ingénieur polytechnicien, et l'école l'écrit en toutes lettres dans sa FAQ : il n'existe pas de passerelle automatique. Les familles qui le confondent avec « l'X sans la prépa » se trompent de formation. Ceux qui le prennent pour ce qu'il est, une licence scientifique exigeante et très internationale, y trouvent souvent mieux que ce qu'ils cherchaient.
Deux portes, une seule candidature par an
On candidate soit par le portail de l'école, en trois vagues, soit par Parcoursup. L'école précise qu'il n'est pas possible de déposer sur les deux plateformes la même année, et qu'il n'y a ni quota par vague ni quota par nationalité. Le dossier comprend les bulletins, une lettre de motivation, un CV et deux référents, dont au moins un professeur de mathématiques de l'établissement actuel ; ce sont les référents qui déposent eux-mêmes leur lettre sur la plateforme. Les frais de dossier sont de 105 € sur le portail, 95 € par Parcoursup, gratuits pour les boursiers.
Le choix de la porte est stratégique. La première vague du portail ouvre mi-septembre, ferme fin octobre, et donne ses résultats en janvier. Un élève de terminale qui passe par elle connaît donc sa réponse avant même d'avoir saisi ses vœux Parcoursup, et peut construire le reste de sa liste en conséquence. Par Parcoursup, la réponse n'arrive qu'en juin, avec le reste. Pour un élève très sûr de son dossier, je conseille la première vague.
Les chiffres d'admission
La seule source publique de taux est Parcoursup, qui ne couvre qu'une partie des places. Pour la session 2025, le Bachelor y offrait 25 places. 371 candidats ont formulé un vœu, 52 ont été classés, 51 ont reçu une proposition et 26 ont intégré la formation, pour un taux d'accès de 14 %. Sur les 23 néobacheliers généraux admis, 22 avaient une mention très bien, dont 11 avec les félicitations du jury. Les filles représentaient 38 % des admis.
L'école ne publie pas, à ma connaissance, le nombre total de candidats par toutes les voies ni la taille exacte de chaque promotion. Le taux réel sur l'ensemble des candidatures reste donc une inconnue.
La fiche Parcoursup indique en revanche comment le jury pèse le dossier :
L'école ne fixe aucune note minimale. Elle demande la spécialité mathématiques et une autre spécialité scientifique, prises en première et gardées en terminale, et un anglais de niveau C1, certifié par l'IELTS (6,5), le TOEFL iBT (90) ou un examen de Cambridge, l'IGCSE n'étant pas accepté. Le certificat peut arriver après la candidature : l'admission est alors conditionnelle.
L'entretien de 50 minutes
Les candidats présélectionnés passent un entretien en visioconférence, entièrement en anglais : trente minutes de mathématiques sur le programme du lycée, vingt minutes de culture scientifique et de motivation. Par Parcoursup, l'oral a lieu début mai, avec une convocation quelques jours avant.
L'école publie des conseils d'étudiants admis, et leurs récits se recoupent. Les premières questions sont classiques, une étude de fonction, une limite, une dérivée ; puis vient un problème long, en plusieurs étapes, que l'élève n'a jamais vu. Les examinateurs regardent la manière de chercher plus que le résultat, et ils aident volontiers. Plusieurs étudiants racontent avoir préparé l'oral avec des problèmes d'entretiens d'universités britanniques et les anciens SAT Subject Tests de maths niveau 2, et surtout en apprenant le vocabulaire mathématique anglais, ce que la plupart des élèves de lycée français n'ont jamais fait. L'école propose aussi un MOOC de préparation au supérieur en mathématiques.
À mon avis, ce qui fait échouer un très bon élève à ce type d'oral, c'est rarement le niveau. C'est le silence : un élève habitué à rendre une copie juste qui ne sait pas penser à voix haute, et en anglais, devant un problème qui lui résiste.
Le prix réel
Pour l'entrée 2027, la FAQ du Bachelor annonce 15 900 € par an pour un étudiant de l'Union européenne et 19 600 € hors Union européenne ; d'autres pages de l'école et la fiche Parcoursup affichent encore 19 200 € pour les non-Européens. Deux acomptes de 1 500 €, non remboursables, sont déduits de la première année.
Le logement sur le campus est garanti à tous les nouveaux entrants : une chambre individuelle de 18 m² avec salle de bains, à 606 € par mois pour l'admission 2026, charges comprises. L'école estime le coût de la vie, logement inclus, à environ 12 000 € par an, et prévient que la charge de travail rend impossible un emploi étudiant. Pour un Européen, trois ans reviennent donc à environ 84 000 €, scolarité et vie comprises.
Les aides existent, sans être automatiques : une bourse d'excellence et une bourse « Women in Science » de 4 800 € par an chacune, des exonérations sur critères sociaux, l'accès aux bourses du CROUS, et une bourse complète pour les médaillés d'olympiades internationales, plafonnée à 78 750 € pour un Européen. Même exonéré, chaque étudiant paie 1 500 € de frais administratifs par an. L'école conseille de demander une aide dès les premières vagues, le nombre d'aides étant limité. Pour un élève qui a un parcours en olympiades, voyez aussi ce que les olympiades apportent à un dossier.
Le parcours avec Columbia
Le BS/MS Track est un programme de cinq ans : trois ans de Bachelor à Palaiseau, puis un master de deux ans à Columbia Engineering, à New York. Depuis 2025, une seule candidature couvre les deux parcours, et le choix définitif se fait au deuxième semestre. Les années à Columbia sont facturées au tarif de Columbia, que l'école ne chiffre pas ; il faut le vérifier auprès de Columbia avant de s'engager. Le parcours supprime la mineure et le semestre d'échange, remplacés par des cours plus orientés ingénierie.
Le choix de la double majeure, en fin de première année, ferme ou ouvre des masters à Columbia.
| Master à Columbia | Maths et physique | Maths et informatique | Maths et économie |
|---|---|---|---|
| Financial Engineering, Operations Research, Earth and Environmental Engineering | oui | oui | oui |
| Computer Engineering, Biomedical Engineering, Quantum Science and Technology | oui | oui | non |
| Mechanical Engineering, Chemical Engineering | oui | non | non |
Extrait du tableau publié par l'École polytechnique, qui compte treize masters accessibles. Un élève attiré par la finance quantitative garde toutes les portes avec maths et physique ; avec maths et économie, il perd la plupart des masters d'ingénierie.
Ce que deviennent les diplômés
L'enquête 2025 de l'école sur la promotion diplômée en 2021 indique que 90 % des répondants poursuivaient des études, en master ou en doctorat, dont 80 % en Europe et 44 % en France. 46 % s'étaient engagés dans un doctorat. Les domaines les plus choisis : data science, mathématiques ou physique pour 36 %, management, finance ou économie pour 27 %. Parmi ceux déjà en poste, la rémunération moyenne était de 53 000 € brut annuels en France, et les premiers pays d'emploi le Royaume-Uni (38 %), la France et les États-Unis (23 % chacun).
Pour entrer ensuite au cycle ingénieur, un diplômé du Bachelor doit réussir le concours de la filière universitaire, comme un étudiant de licence. L'école dit que certains le font, mais que la majorité choisit d'autres masters.
Bachelor ou prépa MP pour un élève très fort en maths ?
C'est la question que les familles me posent le plus souvent sur ce programme. Les deux ne mènent pas au même endroit. La prépa MP, gratuite dans un lycée public, prépare en deux ans aux concours des grandes écoles d'ingénieurs, dont celui de l'X ; ses exigences sont détaillées dans Quelle moyenne pour une MPSI. Le Bachelor mène en trois ans à une licence en anglais, puis à un master, souvent à l'étranger. Il coûte cher, mais il ne demande pas deux ans de concours.
Pour un élève qui vise le diplôme d'ingénieur polytechnicien, la prépa reste la voie. Pour un élève qui pense déjà en termes de doctorat, de master à Cambridge, à l'ETH ou à Columbia, ou de carrière hors de France, le Bachelor est souvent le meilleur choix, parce qu'il installe l'anglais et la recherche dès la première année. Et pour un élève qui hésite, une candidature en première vague permet de savoir en janvier, puis de garder une MPSI dans ses vœux Parcoursup. D'autres bachelors de grandes écoles recrutent dès le bac, avec des tests différents : je les compare dans Bachelor HEC-Bocconi et ESSEC-CentraleSupélec.
Exemple : les vagues pour la rentrée 2027.
Première vague du 17 septembre au 20 octobre 2026, entretiens les deux premières semaines de décembre, résultats en janvier 2027. Deuxième vague du 21 octobre 2026 au 6 janvier 2027, entretiens en février et mars, résultats en mars. Troisième vague du 7 janvier au 8 février 2027 à 14 h, entretiens en mars et avril, résultats en avril. Par Parcoursup, pour comparaison, les oraux de la session 2026 se sont tenus du 5 au 11 mai 2026. Frais de scolarité 2027 : 15 900 € (Union européenne).
Le dossier du Bachelor se joue sur trois pièces que le lycée français prépare peu : une lettre de motivation en anglais, un entretien de mathématiques en anglais, et des lettres de professeurs qu'il faut solliciter tôt. Chez Carmine, nous aidons les familles à choisir la vague, à articuler cette candidature avec Parcoursup et les universités étrangères, et nous préparons l'entretien de mathématiques avec l'élève. Pour en parler, écrivez-nous, ou voyez notre accompagnement admissions.